Le sévère rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) sur le programme nucléaire iranien dévoilé lundi à Vienne apporte de l’eau au moulin des puissances occidentales, déterminées à imposer de nouvelles sanctions contre l’Iran au Conseil de sécurité des Nations unies.

Le document confidentiel de 9 pages conforte Washington, Paris et Berlin dans leur intention de soumettre au vote de nouvelles mesures de rétorsion à l’encontre du régime chiite. Le «chien de garde nucléaire» de l’ONU fustige la non-coopération des autorités iraniennes, qui ont barré l’accès de plusieurs sites nucléaires aux inspecteurs de l’AIEA et refusent toujours de répondre aux questions en suspens sur les soupçons de «militarisation» de son programme nucléaire.

2,4 tonnes de combustible

Les enquêteurs onusiens, à l’œuvre depuis février 2003 en territoire iranien, confirment que l’Iran a continué de produire de l’uranium faiblement enrichi à 5%, au point de disposer au 1er mai d’un stock de 2,4 tonnes de ce combustible. Ils relèvent également que deux nouvelles cascades de centrifugeuses ont été mises en service à Natanz, à 250 km au sud de Téhéran, et que l’une d’entre elles a commencé à fabriquer de l’uranium enrichi à 19,7%, dont au moins 5,7 kg auraient été extraits le 7 avril et stockés dans un cylindre. D’après des diplomates à Vienne, le rythme de production de cette dernière unité se serait depuis lors considérablement accru, les ingénieurs iraniens produisant quotidiennement de 100 à 120 grammes d’uranium enrichi à 19,7%.

Pour les pays occidentaux, ces rebuffades confirment la nécessité de poursuivre la politique du bâton à l’encontre de Téhéran, qui a refusé une offre d’échange de combustible négociée en octobre 2009 sous l’égide de l’AIEA, pour mieux accepter en mai un compromis turco-brésilien impliquant le transfert à l’étranger de la moitié du stock d’uranium iranien seulement.

Soutiens russe et chinois

Le processus des sanctions, interrompu le temps de la médiation menée par Brasilia et Ankara, semble condamné à reprendre. «Compte tenu du refus de l’Iran d’engager des discussions sérieuses avec les Six (Etats-Unis, Chine, Russie, France, Allemagne et Grande-Bretagne), en dépit des très nombreuses offres de dialogue, estime Bernard Valero, porte-parole du quai d’Orsay, les Six n’ont pas d’autre choix que de rechercher l’adoption rapide de sanctions.» «Nous avons l’espoir que l’Iran renforce sa coopération avec l’AIEA et puisse résoudre les questions en suspens dès que possible», indique plus prudemment le porte-parole du Ministère chinois des affaires étrangères, Ma Zhaoxu. Des diplomates occidentaux à Vienne et à New York affirment cependant que Moscou et Pékin ont accepté de se rallier à un quatrième volet de sanctions, qui pourrait être soumis au vote du Conseil de sécurité à la mi-juin.