Après avoir subi un avertissement de taille à l'occasion des européennes et du premier tour des élections administratives du 13 juin dernier, Silvio Berlusconi a encaissé dimanche un véritable camouflet politique dans son fief lombard. Au second tour du scrutin pour la province de Milan, la candidate de Forza Italia, Ombretta Colli, a été largement battue par le candidat de la gauche Filippo Penati qui l'a emporté avec 53,8% des suffrages.

Plus largement l'opposition a gagné 14 des 22 conseils provinciaux encore en jeu. Au total, sur l'ensemble des deux tours, l'opposition s'impose dans 52 conseils provinciaux contre seulement 11 à la droite qui en détenait jusqu'à présent 19. Outre Milan, la gauche conquiert notamment les provinces de Novara, Chieti, l'Aquila et Catanzaro. Après avoir repris Bologne, il y a quinze jours, l'opposition conserve également la mairie de Florence où Leonardo Dominici l'emporte avec plus de 65% des voix et s'adjuge les mairies de Bergame et de Foggia.

Mais c'est le résultat de la province de Milan qui demeure le plus significatif. «Berlusconi a perdu à domicile, c'est un résultat extraordinaire», s'est félicité le secrétaire des Démocrates de gauche, Piero Fassino. Pendant des années, la prospère Lombardie représentait une sorte de coffre-fort pour la droite. L'accord entre Forza Italia et la Ligue du Nord, qui concentre ses suffrages dans la partie septentrionale de la Péninsule, semblait jusqu'à hier constituer une garantie de succès à toute épreuve. Mais les tensions récurrentes au sein de la majorité ont finalement fait sauter le verrou du Nord. Les électeurs de la Ligue se sont en effet peu mobilisés pour soutenir Ombretta Colli. Le parti d'Umberto Bossi (toujours convalescent après un infarctus en mars dernier) avait d'ailleurs choisi de se présenter seul au premier tour. Dimanche, le report des voix ne s'est pas correctement effectué.

Cette défaite de la majorité risque de remettre sérieusement en cause les équilibres gouvernementaux. L'Alliance nationale (AN) et les centristes de l'UDC, qui sont sortis renforcés des élections européennes, revendiquent désormais davantage de visibilité au sein du gouvernement aux dépens de la Ligue et un changement de politique économique. Un remaniement gouvernemental apparaît désormais inéluctable. L'AN et l'UDC souhaitent en particulier limiter l'influence du ministre de l'Economie, Giulio Tremonti, proche de la Ligue du Nord.

Remaniement dans l'air

Pour l'heure, Silvio Berlusconi tente de minimiser l'ampleur du revers politique. Hier, il a notamment mis la défaite sur le compte du fort taux d'abstention (47,4% pour les élections provinciales) et des conditions climatiques. «Les merveilleuses journées ensoleillées» auraient ainsi poussé ses électeurs à opter pour la plage plutôt que pour les isoloirs. Mais, devant la gifle de dimanche et l'agitation au sein de la droite, le chef du gouvernement a tout de même préféré écourter son séjour à Istanbul où il se trouvait à l'occasion du Sommet de l'OTAN. Depuis son arrivée au pouvoir en 2001, la droite, et en particulier Forza Italia, n'a cessé de perdre du terrain à toutes les élections. Pour la gauche, la débâcle de Milan signe un tournant majeur. «Le déclin du premier ministre est irréversible», a pronostiqué le leader de la Marguerite (centre gauche) Francesco Rutelli.

L'alchimie politique de Berlusconi apparaît aujourd'hui fortement esquintée. Son habilité, soutenue par un pouvoir économique et médiatique sans précédent qui lui a permis de rassembler au sein de la Maison des Libertés des partis hétérogènes, ne semble être plus en mesure, après trois ans de gouvernement, de garantir une gestion sereine des affaires. Entre le mouvement xénophobe et autonomiste de la Ligue du Nord, le libéralisme affiché de Forza Italia, le parti national défenseur du Mezzogiorno d'AN et les héritiers de la Démocratie chrétienne de l'UDC, Berlusconi a de plus en plus de mal à gouverner. «Je suis le seul en mesure de maintenir l'unité de la coalition», a-t-il dû rappeler hier ajoutant: «Toutes les composantes de la majorité sont indispensables.»

Alors que le vice-président (AN) du Conseil, Gianfranco Fini, avait menacé, dès la semaine dernière, de provoquer une crise gouvernementale et que les résultats de dimanche ont ravivé les tensions, Silvio Berlusconi a averti qu'il se limitera à quelques retouches d'ici à la fin de la semaine: «Nous ferons les changements nécessaires pour améliorer l'équipe gouvernementale avec des nouvelles entrées», a-t-il répété. Mais il n'entend «pas ouvrir une crise politique» qui pourrait provoquer une implosion avant terme de sa coalition.