Berlin est en première ligne pour résoudre le conflit libyen. D’ordinaire plutôt discrète, la diplomatie allemande organisait ce mercredi avec l’ONU une seconde conférence internationale pour stabiliser le pays déchiré depuis le renversement du colonel Kadhafi sous l’impulsion de la France et du Royaume-Uni en 2011. Une intervention alors accueillie avec scepticisme à Berlin.

Dix ans plus tard, c’est donc l’Allemagne qui est à la manœuvre. Et c’est logique, car la France et le Royaume-Uni ne peuvent plus se prévaloir de la neutralité nécessaire sur ce dossier brûlant. La Suisse est également impliquée, puisqu’elle a accueilli les pourparlers qui ont permis de désigner l’autorité de transition libyenne. Les différents acteurs libyens se retrouveront d’ailleurs la semaine prochaine à Genève. Avec pour mission d’organiser des élections parlementaires et présidentielles le 24 décembre 2021.

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A Berlin, la communauté internationale a insisté pour que cette échéance soit respectée. La bonne nouvelle, c’est que le cessez-le-feu d’octobre dernier entre les différents groupes armés qui se partagent la Libye tient toujours. L’ONU se réjouit aussi des échanges de prisonniers qui ont eu lieu ces derniers mois. Et les installations pétrolières fonctionnent de nouveau.

En revanche, les forces étrangères ne se sont pas retirées de Libye, comme demandé par l’accord de transition. Quant à l’embargo sur les armes, qu’une mission navale de l’OTAN est censée faire respecter plutôt que de secourir les embarcations de migrants, il est «totalement inefficace». Ces dernières années, le conflit libyen s’est en effet internationalisé. La Russie a pris fait et cause pour le maréchal Haftar, qui contrôle l’est libyen. Moscou a ainsi envoyé sur place des mercenaires du Groupe Wagner, réputé proche du Kremlin.

Le poids des mercenaires

Enhardis par le soutien russe, les forces du maréchal Haftar avaient tenté l’an dernier de prendre Tripoli. Mais elles ont dû battre en retraite, après l’appui décisif de la Turquie au précédent gouvernement basé à Tripoli. Les Emirats arabes unis soutiennent également le maréchal Haftar.

Par ailleurs, de nombreux mercenaires sont actifs sur le territoire libyen, monnayant leur soutien à l’un ou l’autre des camps et accumulant des armements. L’ONU estime leur nombre à 20 000: des Russes mais aussi des Syriens, des Soudanais ou des Tchadiens. Le chaos libyen a une nouvelle fois montré son potentiel de déstabilisation des pays voisins, quand des rebelles tchadiens ont franchi la frontière et tué le président Idriss Déby en avril dernier. Les pays européens ont aussi un intérêt crucial à la stabilisation de la Libye, pour qu’elle contrôle les traversées de migrants vers l’Italie.

Un vœu pieux?

Le texte final de la conférence de Berlin a réaffirmé la nécessité d’un retrait des forces étrangères, même si la Turquie a émis des réserves. Najla al-Mangoush, la ministre des Affaires étrangères du gouvernement de transition, a déclaré que ce retrait pourrait commencer «dans les prochains jours». Directeur de recherche à Sciences Po CERI, Luis Martinez n’est pas aussi optimiste: «Si elles retirent leurs combattants, la Russie ou la Turquie perdront leur influence. Or elles n’en ont aucune envie. Leur présence en Libye leur permet de se projeter en Afrique.»

Le chercheur se réjouit toutefois du processus de Berlin: «Les élections ne sont pas une fin en soi mais j’espère qu’elles amorceront la reconstitution d’un Etat libyen unifié. Cela pourrait prendre des décennies.»