C’est avec une joie non feinte qu’Annett Gross, directrice de l’«École primaire de la paix», au centre-ville de Schwerin, ouvre la grille de son établissement en ce jour de rentrée scolaire. Il est 7h30 et les élèves âgés de 7 ans sont les premiers autorisés à entrer dans la cour. Dix minutes plus tard arrivent les élèves de 8 ans. Les groupes s’enchaînent jusqu’à 8h, sans se croiser.

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La région d’Annett Gross, le Mecklembourg-Poméranie occidentale, est la première à ouvrir le bal de la rentrée scolaire dans le pays. Quelque 152 000 écoliers, collégiens et lycéens ont repris le chemin de l’école ce lundi 3 août. Suivront les élèves de Hambourg, le 6 août, et ceux de Berlin et du Brandebourg, le 10 août. «Nous sommes aux avant-postes. Tout le monde nous observe!» reconnaît Annett Gross qui dirige depuis huit ans cette école primaire de 360 élèves.

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Quatre heures de cours par jour au minimum

En amont, les 16 ministres régionaux de l’Education ont approuvé un cadre général pour assurer une rentrée «la plus normale possible», avec comme principe de base le retour en classe pour tous, cinq jours par semaine, et la possibilité de tester régulièrement le personnel. Les mises en application varient néanmoins selon les régions et les établissements scolaires. Ainsi, la Bavière, le Bade-Wurtemberg, Berlin et la Rhénanie-du-Nord-Westphalie vont imposer le port du masque pour les élèves et le personnel, dans les couloirs et même parfois dans les classes. Ce mardi, une mesure similaire sera annoncée dans le Mecklembourg-Poméranie occidentale.

«Nous assurons un minimum de quatre heures de cours par jour en primaire et de cinq heures en secondaire. Cela permet aux familles de reprendre leur fonctionnement régulier et, sur le plan scolaire, d’assurer le suivi de l’apprentissage, dans toutes les matières», résume Bettina Martin, ministre régionale de l’Education lors d’un entretien dans son bureau à Schwerin. Pour cette ministre sociale-démocrate, après la remise en route de l’économie, «il était temps qu’enfants et familles retrouvent aussi la normalité».

L’organisation des cours modifiée

A l’Ecole de la paix, après trois mois de fermeture totale et un mois de juin au fonctionnement ralenti, un réel vent de soulagement souffle dans les couloirs. Finis les distances de 1,5 mètre et les enseignements en groupes restreints. Les élèves sont assis côte à côte, à deux par bureau. Les repas à la cantine et les activités extrascolaires sont de nouveau assurés. «Beaucoup de choses ont toutefois changé», confirme la directrice. «Tout est fait pour que les classes de chaque niveau restent entre elles», relève Annett Gross. Pauses pipi, récréations et passages à la cantine sont ainsi étalés toute la matinée selon des horaires précis. Les cours de musique sont les plus restreints car les élèves doivent être espacés de 2 mètres lorsqu’ils chantent. Dans cette école, l’organisation des cours a aussi été modifiée. «Avant, les cours duraient 45 minutes et chaque matière était enseignée par des professeurs différents», explique Annett Gross. «Désormais chaque classe a un enseignant fixe qui dispose de plus de flexibilité dans son temps de travail. Nous essayons de nouvelles manières de travailler. C’est très motivant», s’enthousiasme Annett Gross. Autre défi, celui du rattrapage scolaire. En Mecklembourg-Poméranie occidentale, les deux premières semaines de cours seront ainsi dédiées à tester le niveau des élèves.

Du côté des parents, le soulagement est également perceptible. «Je suis très heureuse que la rentrée se fasse normalement», reconnaît Mendy Gaudel, maman célibataire d’une petite Jette, 7 ans. «Le confinement a été un cauchemar. J’espère juste que les établissements ne fermeront pas dans trois semaines», lance cette maman, masquée dans la cour.

«Eviter les fermetures d’écoles entières»

Même si le land de Mecklembourg-Poméranie occidentale compte le moins de cas de Covid-19 du pays, la crainte d’une deuxième vague y est présente, d’autant qu’au niveau national la barre des 900 nouvelles infections quotidiennes a été franchie à deux reprises la semaine dernière. Une première depuis le mois de mai. A défaut de pouvoir totalement échapper à la pandémie, l’objectif des 16 régions allemandes est donc «d’éviter les fermetures d’écoles entières», comme le rappelle Bettina Martin. «En cas d’infection, nous souhaitons pouvoir fermer des classes voire des niveaux, au maximum», explique la ministre.

La Fédération allemande des enseignants doute toutefois de l’efficacité de ces mesures et estime que les élèves se mélangeront, quoi qu’il arrive, notamment dans les bus scolaires. Pour Bettina Martin, la solution se trouve entre les mains des Allemands eux-mêmes. «Les écoles doivent assurer la sécurité des élèves et de leur personnel», admet la ministre de l’Education. «Mais n’oublions pas que le virus vient de l’extérieur. Si nous voulons que nos enfants continuent à aller à l’école, la société doit agir en conséquence. Elle doit respecter les gestes barrières.» Un appel qui résonne fort alors que les autorités sanitaires du pays constatent un net relâchement des Allemands en la matière.