Elections

L’Allemagne condamnée à la recomposition politique

Au lendemain d’un vote sanction pour le gouvernement, le Parti social-démocrate désire entrer dans l’opposition. Angela Merkel devra trouver un compromis avec les libéraux et les Verts

Angela Merkel avait sa tête des mauvais jours dimanche soir, lors de la traditionnelle «ronde des éléphants», le débat qui réunit tous les partis élus au Bundestag, les soirs d’élections, à 21h sur la chaîne de télévision publique ARD. Face à elle, un Martin Schulz, président du Parti social démocrate (SPD), vindicatif et fermement décidé à tourner le dos à la «GroKo», la «Grande Coalition» qui a réuni pendant quatre ans les chrétiens et les sociaux-démocrates à la table du cabinet. «J’ai entendu le SPD, mais il faudra rester en contact», a répondu le lendemain la chancelière, bien décidée à ramener les sociaux-démocrates autour de la table des négociations «après une ou deux nuits de sommeil».

Une coalition nécessaire

La chancelière a un problème. Un million de ses électeurs ont rejoint les rangs d’Alternative für Deutschland (AfD). Avec un score historiquement faible de 32,9% des voix, il lui sera très difficile de se passer du SPD, qui s’est effondré de son côté à 20,5%. Mais laminé, le SPD veut se recomposer sur les bancs de l’opposition. Les électeurs ont clairement sanctionné, dimanche, un gouvernement dont le discours centriste était devenu inaudible.

Angela Merkel devra donc tenter de trouver un compromis avec les libéraux (10,7% des voix) et les Verts (8,9%). Et la tâche s’annonce des plus ardues. Aucun des deux prétendants ne fait preuve d’enthousiasme à l’évocation d’une alliance avec la chancelière.

Une négociation qui s’annonce musclée

Les premiers se souviennent avec amertume de leur participation au pouvoir, aux côtés d’Angela Merkel, entre 2009 et 2013. Ils avaient alors subi le même sort que les sociaux-démocrates dimanche, avec une chute si radicale du nombre de ses électeurs que leur parti, le FDP, avait été expulsé du Bundestag.

Après une traversée du désert de quatre ans, il veut monnayer au prix fort son éventuel retour au pouvoir. «Nous voulons changer le cours de la politique, explique son chef, Christian Lindner. Si le futur gouvernement poursuivait la même politique que la Grande Coalition en se contentant de changer de couleurs, ce serait faire le lit des partis protestataires.»

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La cheffe des Verts, Katrin Göring-Eckart, tenait un discours tout aussi peu flexible: «Nous n’entrerons dans aucun gouvernement qui n’accomplirait pas le mandat que nous ont donné nos électeurs.» Les points de friction entre les deux partis sont nombreux: immigration, avenir du diesel, réforme de l’Europe, sortie du charbon, fiscalité… Sur chacun de ces points, les Verts comme les libéraux ont des différences de fond importantes avec les chrétiens-démocrates.

De nombreux différends

Les Libéraux veulent limiter l’accès à l’Allemagne aux personnes victimes de persécution politique ou aux diplômés dont les qualifications répondent aux attentes du marché du travail. Les Verts souhaitent conserver une politique d’asile plus généreuse, ouverte aux personnes victimes de conflits comme les Syriens. Les Verts réclament un calendrier pour la sortie du charbon et des moteurs à combustion dans l’automobile. Les libéraux et la CDU y sont opposés. Les Verts réclament une politique fiscale qui permette d’atténuer les inégalités sociales et sont favorables à une dose de redistribution au sein de la zone euro. Le FDP et la CSU bavaroise jugent ces deux thèmes non négociables.

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Les discussions s’annoncent des plus compliquées. Et l’Allemagne pourrait rester pendant des mois sans gouvernement, d’autant que la constitution du pays ne fixe aucun délai pour former le prochain cabinet.
Seule certitude, le quatrième gouvernement Merkel, qui entend récupérer ses électeurs passés à l’AfD, devrait connaître un virage à droite.

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