Le ministre de l’Intérieur a alerté mercredi la population sur des risques d’attentats qui pourraient être perpétrés «fin novembre» en Allemagne. Ce n’est pas la première fois que le ministre lance un tel avertissement. Mais, jusqu’à présent, il avait toujours qualifié le danger «d’abstrait» et n’avait pas d’informations concrètes. Sa modération en matière de sécurité concernant les dangers terroristes lui avait d’ailleurs valu des critiques au sein du camp conservateur. En octobre dernier, il avait même déploré une tendance générale à surenchérir dans les alertes aux attentats en Europe après les avertissements lancés par les Etats-Unis, le Japon et la Grande-Bretagne.

Thomas de Maizière parle cette fois «d’informations concrètes». L’alerte est donc à prendre au sérieux. «Nous avons des pistes», a-t-il affirmé hier sans donner plus d’informations pour «les besoins de l’enquête». Le ministre a été clair: «Il y a de quoi s’inquiéter», a-t-il déclaré en appelant la population à garder son sang-froid. «Il ne faut pas pour autant tomber dans l’hystérie», a-t-il ajouté. La découverte, fin octobre, de colis ­piégés transitant par l’aéroport de Cologne (à destination des Etats-Unis) semble avoir marqué un tournant dans la politique du ministre. Thomas de Maizière semble beaucoup plus inquiet qu’auparavant.

On s’étonne néanmoins de la lenteur de sa réaction. Les menaces concrètes étaient connues depuis deux semaines. Plusieurs journaux ont déjà publié les informations reçues par le ministre de la part d’un «partenaire étranger», vraisemblablement la CIA. Selon le magazine Focus, les Américains auraient mis les Allemands en garde contre un groupe de quatre terroristes, deux Indiens et deux Pakistanais, qui s’apprêteraient à perpétrer des attentats pour le compte d’Al-Qaida.

Ces terroristes formés dans des camps d’entraînement en Asie centrale seraient actuellement «en route pour l’Allemagne et l’Angleterre». Leur date d’arrivée aurait été estimée au 22 novembre. Le quotidien Der Tagesspiegel estime que le Pakistanais Mohammed Ilyas Kashmiri, considéré comme le cerveau d’un attentat en février à Pune en Inde (17 morts), serait derrière ces projets d’attentats.

Le ministre a comparé la situation actuelle avec celle des élections fédérales il y a un an. La publication, avant le scrutin, d’une dizaine de vidéos menaçant l’Allemagne sur Internet avait engendré des mesures de sécurité renforcées aux gares et aux aéroports, comme c’est le cas aujour­d’hui.

Les Allemands s’inquiètent surtout de leur sécurité sur les marchés de Noël qui s’apprêtent à ouvrir pour plusieurs semaines. Ils sont toujours très fréquentés et difficiles à surveiller. Ils symbolisent surtout une fête chrétienne. Le président du syndicat de la police, Konrad Freiberg, estime qu’il est de plus en plus difficile de procéder à une surveillance efficace. «Nous répétons depuis plusieurs semaines que nous avons atteint la limite de nos moyens», a-t-il déclaré mercredi.

Les Allemands, jusqu’ici épargnés par les attentats, ont appris à vivre avec la menace terroriste. Depuis le retour de la République fédérale dans les conflits armés internationaux (en 1999 au Kosovo) et surtout l’engagement de la Bundeswehr en Afghanistan (2001), les groupes terroristes islamistes ont pris l’Allemagne comme cible potentielle.

Depuis 2000, l’Allemagne a déjoué sept attentats et démantelé plusieurs réseaux terroristes, dont la «cellule de Hambourg», qui avait planifié les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. En juillet 2006, deux attentats à la valise piégée avaient échoué dans deux trains suite à la défaillance de bombes bricolées par deux Libanais.

Rien que cette année, les Allemands ont procédé à l’arrestation d’une dizaine de terroristes présumés. Les services secrets ont démantelé un nouveau réseau ter­roriste islamiste, le groupe «Sauerland», qui préparait des actions contre des intérêts américains en Allemagne. Quatre membres du groupe ont été condamnés en mars dernier à 12 ans de prison.

Enfin, l’Allemagne fait face à un retour de terroristes «nationaux». Les autorités estiment à 200 les islamistes allemands formés à l’étranger dans des camps d’entraînement paramilitaires. La moitié serait de nouveau en Allemagne. Le président du syndicat de la police, Konrad Freiberg, estime que le nombre d’islamistes «dangereux» présents sur le sol allemand serait d’environ 40.