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Angela Merkel et Donald Trump lors d’une conférence de presse, le 27 avril 2018.
© KEVIN LAMARQUE / Reuters

Etats-Unis

L’Allemagne est devenue une «pestiférée» à Washington

Angela Merkel était vendredi à la Maison-Blanche. Même menu que pour Emmanuel Macron: le nucléaire iranien et le libre-échange. Le faste en moins et la méfiance en plus

On est loin du décor déployé pour recevoir le président français pendant trois jours en début de semaine. Angela Merkel, dont la relation personnelle avec Donald Trump est qualifiée de «froide» des deux côtés de l’Atlantique, est arrivée jeudi à Washington pour une courte visite de travail. Quelques dizaines de minutes en tête à tête et à peine trois heures à la Maison-Blanche en début de soirée vendredi… La chancelière aura eu peu de temps pour défendre les dossiers qui, comme pour Emmanuel Macron, lui tiennent à cœur: le nucléaire iranien et les accords de libre-échange.

Le président français et la chancelière, assurent les observateurs allemands, se seraient mis d’accord avant leur voyage respectif pour user de stratégies complémentaires – mamours virils et faste pour l’un, distance et froide négociation pour l’autre – dans l’espoir d’obtenir de Donald Trump que, d'une part, il revienne sur sa menace d’augmenter les taxes sur les importations d’acier et d’aluminium européen à partir du 1er mai et, d’autre part, qu'il infléchisse sa position sur l’Iran.

L’Allemagne, «sans importance»

A Berlin, les attentes étaient des plus modestes à la veille du déplacement. «On doit partir du principe que les taxes douanières sur l’aluminium et l’acier seront là le 1er mai», indiquait jeudi un responsable gouvernemental allemand. En clair, Angela Merkel pourrait bien rentrer bredouille samedi, tout comme Emmanuel Macron avant elle, qui, malgré la pompe déployée par la Maison-Blanche, ne semble pas avoir obtenu de concession de l’administration américaine. Pas d’avancée à attendre sur le fond donc. Mais pas non plus sur la forme, estime le politologue spécialiste des relations transatlantiques Jan Techau, du German Marshall Fund: «Pour Angela Merkel, il est important sur le plan intérieur de ne pas trop céder face à Donald Trump. Pour Donald Trump, il est important de respecter ses engagements de campagne «America first», rappelle le spécialiste. En ce moment, l’Allemagne est une carte sans importance dans le jeu du président américain, contrairement à la France qui a prouvé qu’elle était prête à intervenir militairement aux côtés des Etats-Unis en Syrie...»

Les relations germano-américaines, traditionnellement bonnes depuis la guerre, se sont de fait singulièrement détériorées depuis l’élection de Donald Trump. «Il est surprenant de constater à quelle vitesse l’Allemagne est passée de partenaire préférée des Américains au statut de pestiférée», souligne Jan Techau. Tout sépare la pragmatique fille de pasteur issue de l’ex-RDA du milliardaire impulsif, et la méfiance est réciproque. Après des débuts poussifs, la relation a semblé paralysée par six mois d’immobilisme politique côté allemand, du fait des difficultés rencontrées par Angela Merkel pour former un gouvernement. Depuis, Donald Trump et Angela Merkel se sont rarement entretenus au téléphone.

Profonde irritation

«Pour résumer, on pourrait dire que l’Allemagne est considérée par les Américains comme non fiable, résume Jan Techau. Il y a une profonde irritation à Washington envers l’Allemagne, et cette irritation va au-delà du camp républicain et de l’entourage de Donald Trump.» Deux points sont régulièrement dénoncés par les Américains. Le principal différend porte sur les déséquilibres commerciaux entre les deux pays. L’Allemagne est régulièrement accusée par Washington de profiter de l’euro faible pour inonder le reste du monde de ses produits industriels. Le déficit commercial des Etats Unis vis-à-vis de l’Allemagne était de 68 milliards de dollars en 2017 (153 milliards de dollars d’importations, 85 milliards d’exportations), et déjà Barack Obama – qui entretenait de cordiales relations avec Angela Merkel – dénonçait régulièrement l’agressivité commerciale des Allemands.

Le second point de désaccord porte sur les dépenses militaires. L’Allemagne, contrairement à ses engagements envers l’Otan, est toujours loin de consacrer 2% de son PIB à la défense. Sur ce point, la marge de manœuvre de la chancelière est des plus étroites: ni le SPD ni la CSU, ses partenaires au sein du gouvernement, ne sont prêts à augmenter le budget de la défense.

Pour tenter de ranimer la braise, Angela Merkel pourrait proposer de bouger légèrement sur un troisième dossier critique, le gazoduc Nord Stream 2, critiqué par Washington car il renforcerait la dépendance des Européens envers le gaz russe et donc la position stratégique de Moscou.

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