Le gouvernement allemand, débordé par l’afflux des réfugiés, durcit la ligne envers les réfugiés dits «économiques». Les chrétiens-démocrates, la CSU bavaroise et les sociaux-démocrates cherchent en effet en vain depuis des mois à faire baisser le nombre des demandes d’asile. Mettant fin à des semaines de conflit autour de la notion de «zones de transit», les partis au pouvoir ont accouché jeudi soir d’un compromis, mettant la pression sur les réfugiés «économiques», sans perspectives de permis de séjour. Ils seront à l’avenir menés vers des «centres d’accueil» établis à proximité de la frontière, avec une liberté de mouvement limitée. Le gouvernement espère ainsi tarir le flux de migrants en provenance des Balkans et limiter l’afflux des réfugiés vers le pays, alors que chaque jour, 6000 à 10 000 personnes continuent d’arriver par le sud.

Le concept élaboré par la coalition prévoit qu’à l’avenir, chaque demandeur d’asile sans perspective de régularisation sera conduit dès le passage de la frontière vers des «centres d’accueil» spécialisés. Trois à cinq de ces centres sont prévus à terme. Les deux premiers ouvriront rapidement à Bamberg et Manching, en Bavière, le Land par lequel transite la quasi-totalité des réfugiés aujourd’hui. Les migrants hébergés là n’auront pas le droit de quitter le canton de leur centre pendant toute la durée de l’examen de leur procédure. Celle-ci ne pourra pas dépasser 30 jours. Ceux qui ne respecteraient pas ce semi-internement se verraient radier des prestations auxquelles ils ont droit à l’exception de la nourriture et du toit.

Les «sans perspectives»

Sont considérées comme «sans perspective de régularisation» les personnes arrivées sans papiers prouvant leur nationalité, les personnes déboutées cherchant à déposer une seconde demande et surtout les Roms en provenance de l’ex-Yougoslavie (seules 1% de leurs demandes sont reconnues en moyenne). Les Roms représentaient début 2015 plus de la moitié du nombre total des demandeurs d’asile, avant la vague d’arrivées des Syriens au cours de l’été.

Traditionnellement depuis plusieurs années, le nombre de demandes de Roms en provenance de l’ex-Yougoslavie augmente à l’automne pour décliner au printemps, la plupart demandant alors à bénéficier de l’aide au retour (quelques centaines d’euros par personne) pour rentrer chez eux avant la fin de l’examen de leur dossier puis présenter une nouvelle demande l’année suivante. Le compromis élaboré par Berlin prévoit par ailleurs de sérieuses restrictions au regroupement familial. La plupart des migrants devront à l’avenir attendre deux ans avant de pouvoir faire venir leur famille.

Relative liberté

Contrairement à ce qu’exigeait la CSU bavaroise, les personnes hébergées dans ces centres de transit jouissent d’une relative liberté de mouvement. Le SPD avait catégoriquement rejeté l’idée de «centres de détention» à l’image de ceux de République Tchèque ou des zones de transit existant dans les aéroports pour les étrangers en situation irrégulière. «Il n’y aura pas de zones extraterritoriales sur le sol allemand», s’est félicité le vice-chancelier et président du SPD Sigmar Gabriel.

Afin de limiter l’afflux d’Afghans, qui pourraient suivre la vague actuelle des Syriens, Angela Merkel a également annoncé la création en Afghanistan de zones sécurisées, vers lesquelles pourraient être expulsés les réfugiés afghans. Ceux-ci sont de plus en plus nombreux dans le pays. Peu de demandes d’asile débouchent, mais les Afghans sont généralement considérés comme «non expulsables» du fait de l’instabilité qui règne dans leur pays.

Répit politique

Le concept développé par le gouvernement sera-t-il de nature à inverser la tendance? Rien n’est moins sûr, alors que 758 000 réfugiés ont rejoint l’Allemagne depuis le début de l’année. La plupart viennent de Syrie, d’Albanie, d’Afghanistan, d’Irak et du Kosovo. Rien qu’en octobre, les autorités ont enregistré 180 000 nouvelles arrivées, plongeant la plupart des municipalités face à l’insurmontable défi de devoir les loger. La quasi-totalité des nouveaux arrivants sont désormais hébergés dans des centres de masse, dans la plupart des cas des tentes n’offrant que peu d’intimité.

Au rythme actuel, le cap des 800 000 arrivées prévues, annoncé au cours de l’été par le gouvernement, risque d’être dépassé. Les nouvelles estimations font plutôt état d’un million à 1,5 millions de demandeurs d’asile cette année en République fédérale. Le concept des centres de transit devrait toutefois considérablement limiter l’afflux en provenance des Balkans. Surtout, il offre à Angela Merkel un fragile répit politique, alors que sa cote de popularité ne cesse de chuter. Vendredi, elle est tombée à 49% d’opinions positives dans le baromètre politique Deutschland Trend, soit 5 points de moins qu’en octobre, et 26 points de moins qu’en avril.