En se fixant pour objectif de réduire de 40% ses émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2020 par rapport à 1990, l'Allemagne veut se présenter en élève modèle à la conférence de Bali sur le climat. L'Union européenne, pour sa part, vise une réduction de 20 à 30% selon les engagements du reste de la communauté internationale. Mais l'Allemagne ne cache pas non plus qu'elle souhaite se poser en leader mondial des technologies liées aux nouvelles énergies.

Le programme de 14 mesures adopté mercredi par le gouvernement devrait permettre à lui seul de diminuer les émissions de 35%. «C'est sans doute l'ensemble de mesures le plus complet et le plus ambitieux au monde», a souligné le ministre de l'Environnement, Sigmar Gabriel. «Ce sera difficile à tenir, mais nous ne pouvons pas nous permettre de dévier de cette voie. En matière de protection du climat, il est moins cinq», a reconnu sur la chaîne ARD le ministre des Transports, Wolfgang Tiefensee. Un deuxième programme instaurant une taxe automobile en fonction des émissions de dioxyde de carbone sera présenté en mai 2008.

Même s'il se présente au monde en exemple, le gouvernement de coalition risque cependant de soulever de nouvelles polémiques internes. Ainsi, au congrès de la CDU de Hanovre, au début de la semaine, la chancelière Angela Merkel n'a pas abandonné l'idée de revenir sur l'abandon du nucléaire - «une énergie qui ne produit pas de CO2» - en cas de changement de coalition. Le président des Verts, Reinhard Bütikofer, pour sa part, reproche au gouvernement de ne pas renoncer totalement à la construction de nouvelles centrales à charbon.

Les grandes lignes du programme avaient été adoptées en août lors d'un séminaire du conseil des ministres au château de Meseberg (LT du 25.8.07). C'est un ensemble de normes plus strictes en matière de construction, de lois d'encouragement à la recherche et d'incitations fiscales. Ainsi, le budget de l'Etat fédéral pour 2008 réserve un montant de 3,3 milliards d'euros à la protection du climat. Une augmentation de 200% par rapport à 2005.

Une nouvelle loi sur le chauffage par les énergies renouvelables doit encourager l'installation de production de chaleur à partir du soleil, du biogaz, du bois ou de la géothermie. Dès 2009, le fonds d'encouragement passera de 150 à 500 millions d'euros. La part de ces énergies dans le chauffage domestique doit passer de 6% actuellement à 14% en 2020. Pour cela, les nouvelles constructions devront respecter un minimum d'apport d'«écoénergie».

Par ailleurs, lors de nouvelles constructions ou de rénovation, les exigences en matière énergétiques seront accrues de 30% dès 2009, puis une nouvelle fois d'autant en 2012. Un programme de 1,4 milliard d'euros annuellement permettra d'assainir et d'améliorer l'isolation des anciens immeubles. Un tiers des émissions de CO2 provient en effet du chauffage.

C'est toutefois sur la question de la production d'électricité que le débat risque d'être vif ces prochaines années. D'abord parce que les mesures d'encouragement aux énergies renouvelables vont renchérir la facture d'énergie des ménages alors qu'une hausse de 8% en moyenne attend les consommateurs en janvier. Ensuite parce que, même si le gouvernement vise une production de 50% d'électricité «verte» ou provenant de centrales à couplage chaleur-force, il n'a pas renoncé à la construction de nouvelles centrales à charbon ou à lignite, parmi les plus polluantes. Or la capture et le stockage du CO2 dans les anciennes mines, annoncé par le groupe Vattenfall, n'en sont qu'à la phase d'essais pilotes.

La droite libérale, elle, reproche au programme de se priver des avantages de la production nucléaire, puisque le plan de désengagement signé entre le gouvernement de l'ex-chancelier Schröder et les sociétés électriques prévoit la mise hors service de la dernière centrale en 2020 précisément.

Enfin, la part des énergies renouvelables dans la production d'électricité devrait passer de 12% actuellement à 30%. Le biogaz et les éoliennes en pleine mer seront les principaux bénéficiaires des aides de l'Etat.

Au bout du compte, les économies pour l'Etat, les entreprises et les ménages, de l'ordre de 36 milliards d'euros par an à l'horizon 2020, devraient l'emporter sur les investissements (31 milliards), calcule le ministre de l'Environnement.