France-Allemagne

L’Allemagne entend aider la France au Mali

Berlin a promis mercredi d’augmenter à 650 hommes son contingent de soldats engagés contre le terrorisme au Mali. Mais l'Allemagne ne participera pas à la coalition anti-Daech que cherche à mettre sur pied François Hollande

Angela Merkel a rencontré François Hollande mercredi soir à Paris pour évoquer avec lui les dossiers du terrorisme et de la crise des réfugiés. La chancelière ne s’est pas rendue les mains vides à l’Elysée. Elle avait assuré que «si un engagement supplémentaire [de l’Allemagne contre le terrorisme] est nécessaire, nous ne dirons pas non». Hier matin, la ministre de la Défense, Ursula von der Leyen, a précisé les contours de cet engagement supplémentaire. L’Allemagne enverra «prochainement» jusqu’à 650 hommes au Mali. Selon la presse, la mesure devrait être effective au printemps 2016. Il n’est pas sûr que ce déploiement, qui était prévu avant les attentats du 13 novembre, satisfasse vraiment Paris.

A défaut d’intervenir directement en Syrie ou en Irak contre l'Etat islamique (ou Daech selon l'acronyme arabe), Berlin renforcera son engagement sur d’autres terrains pour soulager la France, notamment sur le front malien. Davantage de soldats allemands devraient participer à la mission onusienne de maintien de la paix dans le nord du pays. Seuls dix soldats de la Bundeswehr participent pour l’instant à la Minusma, alors que le mandat voté par le Bundestag prévoit jusqu’à l’envoi de 150 hommes au nord Mali. Deux cents Allemands participent par ailleurs à la mission de l’Union européenne UETM, engagée cette fois dans le sud du pays, et dont ils ont également pris le commandement. Selon Ursula von der Leyen, Berlin pourrait renforcer sa présence au sein de la Minusma dans les domaines logistiques et du renseignement.

«Le fait que l’Allemagne renforce son engagement contre le terrorisme pourrait inciter d’autres Etats à en faire autant, estime le quotidien Tagesspiegel. Au stade de France, les terroristes visaient aussi les spectateurs allemands. L’Allemagne a donc une responsabilité particulière à assumer, pour soutenir Paris».

La menace terroriste se rapproche de l’Allemagne

Angela Merkel a été choquée par les attentats parisiens. D’autant que la menace terroriste se rapproche de l’Allemagne pour l’instant épargnée sur son sol. Quatre jours après les attaques sur Paris, la chancelière et son ministre de l’Intérieur, Thomas de Maiziére, ont dû décider en dernière minute l’annulation du match de football amical Allemagne-Pays-Bas à Hanovre, à la suite d’une menace précise d’attentats dans le stade et la gare centrale de la capitale de Basse-Saxe.

Au sein de la CDU, quelques voix isolées ont réclamé au cours des derniers jours l’envoi d’avions de reconnaissance allemands pour soutenir la coalition anti-Daech, suscitant un débat enflammé dans le pays.

Pour autant, Angela Merkel s’est bien gardée au lendemain du 13 novembre de promettre «tout son soutien» à François Hollande, comme Gerhard Schröder l’avait à l’époque fait avec George W. Bush au lendemain des attentats du 11 septembre. Pour finalement refuser de participer à la guerre en Irak. La chancelière sait qu’il lui serait impossible – sans mandat de l’ONU – d’obtenir l’aval du Bundestag, indispensable à l’envoi de troupes ou d’avions en Irak et en Syrie. En l’état actuel, l’opinion allemande traditionnellement pacifiste y serait de toute façon opposée.

Au sein de l'Union chrétienne démocrate (CDU), quelques voix isolées ont réclamé au cours des derniers jours l’envoi d’avions de reconnaissance allemands pour soutenir la coalition anti-Daech, suscitant un débat enflammé dans le pays. Selon un sondage réalisé au lendemain des attentats de Paris, 52% des Allemands sont opposés à la participation de leur pays à la lutte contre l’Etat islamique en Irak et en Syrie; seuls 41% des Allemands y seraient favorables. L’Allemagne en restera donc à son «soutien indirect» aux forces occidentales dans la région, où elle contribue à la formation des Peshmergas kurdes qu’elle ravitaille également en munitions. Hier, la ministre de la Défense annonçait que ce contingent d’aide aux Peshmergas passera prochainement de 100 à 150 hommes.

Crise des réfugiés et terrorisme, le tandem franco-allemand se trouve une fois de plus à l’épreuve. Pour Angela Merkel, qui n’entend pas fermer ses frontières aux réfugiés, l’Allemagne n’est pas en guerre. Berlin se sent en revanche abandonné face à l’afflux des réfugiés. Tandis que Paris ne se sent pas soutenu par son plus proche partenaire contre le terrorisme. Le gouvernement français semble toutefois envisager de rallier un jour Berlin à la coalition anti-Daech. Interrogé à ce sujet par la presse allemande, le premier ministre français Manuel Valls avait répondu mardi: «Les Allemands sont des gens très pragmatiques, et un jour ils vont passer de la théorie à la pratique.»

Publicité