Contrairement à la cacophonie d’il y a deux semaines, les seize chefs de régions et la chancelière Angela Merkel ont réussi hier à se mettre d’accord sur un «confinement allégé» afin de lutter contre la seconde vague de la pandémie. «La situation est très grave», a constaté Angela Merkel en rappelant que le nombre de nouvelles infections quotidiennes a doublé en une semaine, pour atteindre le niveau record de 15 000 mardi. Le nombre de patients en services de soins intensifs a lui aussi doublé depuis 9 jours. «Si le rythme reste inchangé, nous arriverons dans quelques semaines à la limite de notre système de santé», a constaté la chancelière en annonçant la mise en place d’un «confinement light» à partir du 2 novembre, pour une durée d’un mois. «C’est une journée difficile», a-t-elle reconnu.

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Salons de coiffure épargnés

Contrairement au confinement du printemps, la priorité affichée est de maintenir ouverts écoles et maternelles ainsi que les commerces. En revanche, les contacts privés doivent être réduits drastiquement. Bars et restaurants fermeront dès lundi (sauf pour la vente à emporter), tout comme les lieux sportifs et culturels tels que les cinémas, théâtres et piscines, ainsi que les services à la personne tels que les salons de massage, de tatouages, de soins cosmétiques et les maisons closes, mais pas les salons de coiffure.

Les rassemblements publics sont par ailleurs interdits et les matchs de football de la Bundesliga se joueront de nouveau à huis clos. Les contacts dans la sphère privée devront être limités à dix personnes issues de deux foyers au maximum. Les autorités fédérales interdisent également les séjours hôteliers pour des raisons touristiques mais pas les offices religieux qui doivent se tenir dans le cadre des concepts sanitaires déjà en place. Au niveau économique, une aide supplémentaire de 10 milliards d’euros sera débloquée par le Ministère fédéral des finances afin de venir en aide aux secteurs touchés. Les entreprises et lieux culturels se verront verser jusqu’à 75% de leur chiffre d’affaires du mois de novembre 2019. «C’est une offre unique et généreuse», estime Markus Söder, ministre-président de Bavière.

«L’industrie hôtelière n’est pas un moteur de pandémie»

Si les 16 régions et la chancelière ont affiché hier un large consensus, ce n’était pas gagné d’avance. Avant même leur rencontre par visioconférence, certains présidents de régions les moins touchées avaient évoqué leur opposition à un confinement, même light. C’est le cas de Bodo Ramelow, qui dirige la Thuringe et qui a finalement rejoint les rangs.

Du côté des représentants de la restauration en revanche, c’est une nouvelle douche froide. 80 d’entre eux ont adressé hier une lettre ouverte à la chancelière pour éviter la fermeture de leurs établissements. «Il n’est pas possible que nous soyons de nouveau ceux qui souffrent», regrette Guido Zöllick, président de l’Association allemande des hôtels et restaurants (Dehoga). «L’industrie hôtelière n’est pas un moteur de pandémie», juge-t-il en se basant sur des déclarations de l’Institut sanitaire Robert Koch, qui pointe surtout du doigt les fêtes privées. Interrogée sur ce sujet hier, Angela Merkel a contredit ce point de vue et rappelé qu’il est désormais impossible de savoir d’où viennent les infections, vu le rythme élevé de propagation du virus.

La fatigue de la population

Malgré les mesures annoncées, les craintes économiques restent élevées. «Si notre industrie est pratiquement interdite de travailler pour des raisons liées à la pandémie, les responsables politiques doivent payer les dommages rapidement et intégralement. Il s’agit de la survie de l’industrie», rappelle Guido Zöllick. Le secteur de l’événementiel et du culturel est lui aussi très inquiet. Hier, 6000 personnes ont manifesté devant la porte de Brandebourg et demandé des aides adaptées et prolongées pour leurs secteurs.

Du côté de la population, une certaine fatigue se fait sentir. Selon un sondage publié ce week-end, si 63% des Allemands s’attendaient à de nouvelles restrictions, 51% estimaient les mesures prises jusque-là suffisantes. 32% seulement les jugeaient insuffisantes.