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L’Allemagne est menacée d’éclatement politique

Angela Merkel a toutes les chances d’être reconduite à son poste de chancelière ce dimanche. Mais à la tête de quelle majorité? Le prochain Bundestag pourrait compter sept partis au lieu de cinq, ce qui se traduirait par un éclatement du paysage politique

Angela Merkel et son challenger Martin Schulz se sont mobilisés jusqu’à la dernière minute, afin de tenter de convaincre les indécis. La chancelière, âgée de 63 ans, était samedi dans sa circonscription du Mecklembourg-Poméranie, dans le nord de l’ex-RDA. Au même moment, Martin Schulz, 61 ans, s’adressait à ses sympathisants à Aix-la-Chapelle, près de sa ville natale. A la veille du vote, les instituts de sondage comptaient toujours 37% d’indécis. Lors du dernier scrutin en 2013, 29% des électeurs avaient boudé les urnes.

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L’issue du scrutin devrait pourtant laisser peu de place à la surprise. La chancelière, au pouvoir depuis douze ans, a toutes les chances d’être reconduite à son poste pour un quatrième mandat. Depuis quelques jours pourtant, le ronron d’une campagne jugée «ennuyeuse» par la plupart des observateurs a cédé la place à une certaine fébrilité dans les quartiers généraux des partis tant pourraient être compliquées les négociations de coalition en vue de former le prochain gouvernement.

Angela Merkel, si «rassurante»

Angela Merkel a fait campagne sur le thème de la poursuite de son action dans un pays «où il fait bon vivre». Elle est perçue par les Allemands comme «rassurante». Le bilan de l’action de son gouvernement est jugé «positif». Début septembre, 77% des Allemands jugeaient que leur situation économique personnelle s’était maintenue ou améliorée au cours des deux dernières années.

80% d’entre eux se classaient au centre sur l’échiquier politique, c’est-à-dire en phase avec la chancelière, convaincue que les élections se gagnent justement «au centre». Mais c’est sans passion qu’ils s’apprêtent à la reconduire à son poste: avec 36% des intentions de vote, la CDU pourrait connaître l’un des pires résultats de son histoire.

A venir ce dimanche, une débâcle de la gauche?

C’est encore pire à gauche. Le Parti social-démocrate est menacé d’une véritable débâcle, avec 22% des intentions de vote, soit moins qu’en 2013. Le SPD avait alors atteint le plancher historique de 25,7% des voix.

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En théorie, de tels scores suffiraient pourtant pour reconduire l’actuelle coalition des chrétiens-démocrates et des sociaux-démocrates au pouvoir. «Je suis convaincu qu’Angela Merkel souhaite secrètement la reconduction de sa majorité», assure le politologue Oskar Niedermayer, de l’Université libre de Berlin.

La chancelière a gardé un cuisant souvenir de sa seconde législature, entre 2009 et 2013, lors de laquelle des tensions permanentes avec son partenaire libéral FDP avaient bloqué l’action de son gouvernement. La direction du SPD – attirée par la perspective de quelques ministères – serait elle aussi prête à poursuivre la coalition actuelle avec la CDU. Mais «la base sociale-démocrate y est majoritairement opposée et pencherait pour quatre années de convalescence sur les bancs de l’opposition», estime l’historien et politologue Siegfried Heimann, lui-même membre du Parti social-démocrate. «Les cadres et la base sont opposés à une reconduction de la Grande Coalition, ajoute Oskar Niedermayer. Ils ne se laisseront convaincre qu’après l’échec de toutes les autres options de majorité possibles.»

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Des mois de négociations à craindre

En clair, Berlin pourrait connaître des mois d’épineuses négociations au lendemain du scrutin. En 2013, il avait fallu plus de deux mois à la CDU et au SPD pour définir leur programme commun de gouvernement.

Si elle ne peut reconduire son actuelle majorité avec les sociaux-démocrates, Angela Merkel pourrait tenter de former une coalition avec les libéraux du FDP – l’alliance traditionnelle de la droite allemande – ou avec les libéraux et les Verts, un scénario jamais expérimenté au niveau fédéral et connu sous le nom de «Jamaïque», les couleurs des trois partis rappelant celles du drapeau de l’île. Dans les deux cas, le FDP (9 à 11% des intentions de vote), qui vient de connaître une difficile traversée du désert après avoir été expulsé du Bundestag en 2013, sera tenté de monnayer au prix fort sa participation au gouvernement.

«D’accord sur rien»

«Que ce soit sur l’environnement, la sécurité ou l’Europe, les Verts et le FDP ne sont pratiquement d’accord sur rien, constate le politologue de l’Université de Trèves Uwe Jun. Cela ne veut pas dire qu’ils ne pourront pas s’entendre, mais les négociations seront forcément très dures, notamment du côté du FDP, qui n’a aucun intérêt à faire trop de compromis l’année de son retour au Bundestag.»

Avec le retour du FDP au Bundestag, et surtout la domination probable de l’opposition par le parti populiste AfD, c’est une législature compliquée qui s’annonce pour le pays, menacé d’éclatement politique avec deux partis de masse – le SPD et la CDU – en ruine pour l’un, considérablement affaibli pour l’autre.

La césure AfD

L’entrée de l’AfD au Bundestag marquera une césure pour la démocratie allemande, alors que l’extrême droite n’a jamais siégé au parlement depuis 1949. Les populistes, qui ont multiplié au cours de la campagne les déclarations provocatrices, xénophobes ou racistes, sont crédités de 11% des intentions de vote. Mais leur score pourrait frôler les 15%, de l’avis des observateurs, ce qui en ferait la troisième force politique du pays.

L’AfD disposerait alors d’une tribune exceptionnelle: le leader de l’opposition est traditionnellement le premier à prendre la parole après le chancelier lors des débats parlementaires, et dirige la Commission des finances du Bundestag.

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