déficit français

L’Allemagne modère ses critiques

Les ministres français de l’Economie, Arnaud Montebourg, et des Finances, Michel Sapin, se sont rendus lundi à Berlin, à l’heure où l’Allemagne s’inquiète de l’incapacité de la France à respecter ses engagements budgétaires

Inquiète, l’Allemagne modère ses critiques envers la France

Arnaud Montebourg et Michel Sapin ne s’y seraient pas pris autrement s’ils avaient voulu signaler à leur partenaire allemand qu’à l’avenir le travail serait compliqué avec Bercy. En visite séparée, arrivés tous deux lundi à Berlin par deux avions différents, le ministre de l’Economie et du redressement productif et celui des Finances et des comptes publics ont rencontré respectivement leurs homologues allemands Sigmar Gabriel (SPD) et Wolfgang Schäuble (CDU). Après avoir assuré qu’ils ne marcheraient pas sur le même pré carré, tous deux se sont arrangés pour organiser au même moment leur rencontre avec la presse, provoquant une certaine incrédulité côté allemand.

Les deux ministres français s’attendaient à un accueil critique à Berlin. Mais le gouvernement allemand – inquiet de la situation économique et politique de la France – s’est montré au final plutôt compréhensif. «L’Allemagne a besoin d’une France forte, a insisté le grand argentier Wolfgang Schäuble. La France est sur un très bon chemin», louant par la même occasion les réformes annoncées.

Déficits publics

Michel Sapin, se comparant lui-même à un «Schäuble français», a promis la «poursuite de la remise en ordre des finances publiques», soulignant que la France a déjà fait «des efforts considérables». Il a présenté à son homologue allemand le plan que révélera ce matin même le premier ministre Manuel Valls devant l’Assemblée nationale, mais a refusé d’en communiquer les détails.

Wolfgang Schäuble pour sa part s’est dit «convaincu» par les explications de son partenaire français. Les deux hommes ont toutefois assuré ne pas avoir abordé le sujet qui fâche: les déficits publics français. Berlin voit d’un mauvais œil l’intention affichée par Bercy de demander un délai supplémentaire pour respecter les engagements pris en matière de déficit public. La France s’est engagée, après deux délais accordés par Bruxelles, à ramener son déficit public sous la barre des 3% du PIB l’an prochain, mais l’objectif semble illusoire, alors que les comptes publics affichaient l’an passé un déficit équivalant à 4,3% du PIB. «Nous faisons confiance à la France pour respecter ses engagements. Elle est consciente de ses engagements et de sa responsabilité dans le fonctionnement du Pacte», avait déclaré, en amont de la rencontre, le porte-parole d’Angela Merkel.

L’annonce faite par Michel Sapin de son intention de discuter avec Bruxelles du «rythme» de la réduction des déficits avait en effet provoqué quelques remous outre-Rhin. «Nous devrions rappeler avec force à la France ses engagements, avait déclaré notamment Jens Weidmann, le président de la Bundesbank, dans le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung. Il faut que la Commission européenne fasse respecter les règles de manière stricte, et qu’elle soit soutenue en ce sens par le gouvernement allemand.»

«Pas compétitive»

Hier, la puissante Fondation Bertelsmann enfonçait le clou, estimant que la France «n’est pas compétitive» parce que «pas capable d’affronter les défis de la construction européenne et de la mondialisation». Sont notamment pointées du doigt «les difficultés récurrentes de la France dues à sa culture économique et politique» et la «méfiance fondamentale envers les marchés et une croyance largement répandue que l’action publique est un moyen efficace de guider l’économie et de résoudre les problèmes».

Pour les Allemands, la France est bien l’homme malade de l’Europe. Et c’est ce constat, voire cette inquiétude, qui explique la relative mansuétude rencontrée hier à Berlin par les deux ministres de Bercy. «L’Allemagne se trouve face à un dilemme, expliquait hier une source anonyme du gouvernement allemand dans les colonnes du quotidien Süddeutsche Zeitung. D’un côté, la France a déjà obtenu – sans succès – deux reports de ses obligations à respecter son engagement en matière de déficits publics. De l’autre, s’arc-bouter aux principes ne nous servirait à rien, si cela a pour conséquence d’achever l’économie française.» Ce qui ne ferait que relancer avec plus de violence encore la crise de l’euro, selon les inquiétudes de Berlin.

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