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STRALSUND, GERMANY - SEPTEMBER 16: German Chancellor and Chrstian Democrat (CDU) Angela Merkel (R) greets elderly visitors during a brief visit by Merkel to a local CDU-organized fest on September 16, 2017 in Stralsund, Germany. Merkel is seeking a…
© Sean Gallup

Allemagne 

Pourquoi l'Allemagne redoute de devenir «le vieil homme de l’Europe»

L’Allemagne est confrontée depuis quarante ans à une grave crise démographique, défi majeur pour l’avenir du pays de l’avis des experts. En ex-RDA, Dessau-Rosslau est la ville «la plus âgée» d’Allemagne

Où en est l'Allemagne? Alors qu'Angela Merkel devrait être réélue dimanche pour un 4e mandat consécutif, Le Temps a sondé le pays et vous propose toute la semaine de revenir sur les grands défis qui attendent la plus grande puissance européenne

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Irma prend le soleil sur un banc, face à une pelouse ornée de maigres plates-bandes de fleurs. Pantalon de toile beige, chemisier rose pâle, canne à portée de main, Irma, 93 ans, vit depuis 2012 dans la maison de retraite de la Plauthstrasse, à Dessau-Rosslau, l’une des principales villes de Saxe-Anhalt. Le bâtiment de briques rouges qui protège la vieille dame du vent est l’ancienne école communale de ce quartier résidentiel de l’ouest de la ville.

L’école a fermé depuis longtemps, faute d’écoliers. Au début des années 2010, les autorités se sont résolues à autoriser la transformation de l’édifice en maison de retraite. Dessau-Rosslau, comme presque toute l’ex-RDA, est durement frappée par la dénatalité. La crise démographique que connaît l’Allemagne depuis plus de quarante ans est considérée par les experts comme l’un des enjeux majeurs de l’avenir économique du pays.

Dans la Plauthstrasse, les travaux sont importants. Le gymnase est abattu, pour abriter un parking. La cour de récréation se transforme en pelouse et les salles de classe sont redécoupées en chambres individuelles, avec sanitaires. «J’ai 40 mètres carrés pour moi, c’est bien, sauf qu’il n’y a aucun placard, assure Irma. Et puis il n’y a rien ici. Ni commerces ni attractions.» Le quartier, de fait, semble avoir échappé au temps. La rue est composée de gros pavés entre lesquels poussent les herbes folles. Nombre de petites maisons de deux étages sont vides, fenêtres et portes grossièrement barricadées de planches.

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Triste record

Dessau-Rosslau détient un triste record. Cette commune de Saxe-Anhalt, en ex-RDA, est la ville la plus vieille d’Allemagne, avec une moyenne d’âge de 49,8 ans fin 2016, contre 39,2 ans à la chute du Mur. Aujourd’hui, près d’un tiers des habitants ont plus de 65 ans. Au début des années 1990, les deux communes de Dessau et Rosslau (unifiées en 2007) comptaient 114 000 habitants. Fin 2015, la commune n’en abritait plus que 83 000. Les prévisions pour 2030 sont alarmistes: la population pourrait chuter à 71 000 personnes.

Au Musée des techniques de Dessau, Peter Kuras prend place face aux micros. Maire libéral de la ville depuis 2014, il participe à un symposium consacré au défi démographique. «Avant la chute du Mur, Dessau était un important centre industriel, se souvient cet ancien ingénieur de l’industrie navale, une activité fermée de longue date dans la région. Avec la Réunification, la plupart des entreprises ont fait faillite et les jeunes, surtout les jeunes femmes bien formées, sont partis. On ne pourra jamais compenser ces départs.» Depuis, plusieurs milliers de logements – pour la plupart des préfabriqués de type soviétique – ont dû être rasés à travers la ville, laissant la place à de surprenantes prairies plantées au milieu de l’espace urbain.

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Un frémissement

Depuis 2014 pourtant, les autorités régionales se réjouissent d’un frémissement positif, avec le retour de nombreuses personnes, parties pour certaines voici vingt-cinq ans. Elles ne sont plus aussi jeunes mais disposent souvent d’un pouvoir d’achat supérieur à la moyenne régionale, après avoir travaillé pendant des années dans l’ouest du pays. Certaines sont devenues des parents. Par ailleurs, la natalité a légèrement repris, grâce, notamment, à une active politique de soutien aux jeunes familles, dans les domaines du logement et de la garde des enfants.

La démographie est en Allemagne un défi majeur, et pas que pour Dessau-Rosslau. «Partout dans le pays, les entreprises déplorent un important déficit en personnel qualifié», rappelle le maire. A la fin des années 1990, l’Allemagne était considérée comme «l’homme malade de l’Europe», avec un nombre record de près de cinq millions de chômeurs. Le pays pourrait devenir demain «le vieil homme de l’Europe». Selon l’institut fédéral des statistiques Destatis l’Allemagne ne comptera plus, en 2060, qu’entre 65 et 70 millions d’habitants au lieu de 80,6 millions à l’heure actuelle, et passerait au second rang au sein de l’Union européenne derrière la France.

Un million de postes vacants

Poids des retraites, de l’assurance maladie et de l’endettement, transformation du marché du travail, place des seniors dans la société…: les défis structurels sont considérables. Si rien n’est fait, le marché du travail risque de perdre plus de 6 millions de personnes d’ici à 2025. Déjà, à l’heure actuelle, un million d’emplois ne sont pas pourvus faute de candidats, avec un taux de chômage très faible (3,9% de la population active). Les secteurs demandeurs en personnel sont – comme pour la Suisse – la santé, les soins aux personnes âgées, l’ingénierie, les techniciens qualifiés…

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«Moins de jeunes signifie non seulement une perte de vitalité pour la société dans son ensemble mais, de façon plus concrète, des changements dans les comportements d’épargne et de consommation, ainsi qu’un déplacement des infrastructures prévues pour les jeunes générations vers les plus anciens: moins d’écoles et plus de maisons d’accueil pour les personnes âgées, moins de maisons familiales et plus d’appartements adaptés», souligne Brigitte Lestrade, professeure de civilisation allemande à l’Université de Cergy-Pontoise, et Anne Salles, maître de conférences à l’Université Paris-Sorbonne, dans un document consacré à la démographie allemande.

Le recul concomitant de la main-d’œuvre autochtone, accompagné de l’accroissement du nombre de retraités, implique une charge financière insupportable pour les générations à venir, les assurances retraite et maladie croissant de façon exponentielle, ce qui ne permettrait plus à l’Allemagne de maintenir son niveau social et économique actuel.» Sans parler d’un risque de recul des innovations et d’une baisse du dynamisme actuel de l’économie allemande.

Un problème qui rejaillit sur l’Europe

«Aujourd’hui championne des exportations, l’Allemagne n’aura plus, dans un avenir prévisible, les moyens humains suffisants pour soutenir son expansion économique», soulignent les deux spécialistes. Les conséquences se feraient déjà sentir à travers toute l’Europe. «Le problème démographique allemand, qui a creusé la dette de la zone euro, est aujourd’hui un des blocages principaux de l’économie de cette zone», ose Romaric Godin, du site La Tribune, à l’occasion d’un colloque consacré à la question.

«La crainte de l’insoutenabilité démographique des dépenses sociales, notamment de la retraite, a durci la position allemande sur la question des déficits et de la dette», explique Romaric Godin. L’arrivée de Wolfgang Schäuble au Ministère des finances en 2009 aurait été un tournant de ce point de vue, le politicien voulant à tout prix réduire la dette publique, notamment par une politique de désinvestissement public. Objectif: placer le pays dans une situation plus favorable au moment de faire face aux coûts immenses de la retraite à partir des années 2020.

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