Ce fut une réunion éclair. Contrairement aux réunions marathons d’octobre et de novembre, la chancelière Angela Merkel et les 16 ministres présidents de région ont accordé leurs violons en une petite heure ce dimanche matin. Preuve du sérieux de la situation. Angela Merkel l’a confirmé: à partir du 16 décembre et jusqu’au 10 janvier, Allemagne se confine. Cette fois, pas de confinement «light» ni régionalement adapté comme en novembre, mais des «mesures globales» applicables dans l’ensemble du pays. «J’aurais aimé que les mesures légères soient plus efficaces», a commenté Angela Merkel. «Nous avons besoin d’une réduction des contacts de l’ordre de 70% mais nous avons réussi, au mieux, à atteindre 40%. Nos mesures doivent donc être renforcées […]. Elles auront un effet et permettront de ne pas surcharger nos hôpitaux», estime la chancelière, les traits tirés.

Exceptions du 24 au 26 décembre

Concrètement, à dix jours des fêtes de Noël, le frein est donc tiré. Tous les commerces non essentiels fermeront dès mercredi et la vente d’alcool à l’extérieur est interdite. Fini aussi les cours en présentiel dans les écoles, les établissements pourront soit fermer dès le 16 décembre, soit proposer des offres à distance. Si les maternelles restent ouvertes, les parents sont appelés à garder leurs petits à la maison. Il reste par ailleurs possible à deux foyers de se réunir, avec une limite de cinq adultes (personnes de plus de 14 ans), mais la chancelière insiste: «Evitez les rencontres non essentielles.»

Pour Noël, une exception sera faite, du 24 au 26 décembre, afin que le cercle familial le plus restreint puisse se réunir. Pas d’exception par contre pour le réveillon du jour de l’an. Les feux d’artifice y seront interdits tout comme les pétards et autres fusées d’artifice, achetés en masse à cette période. «Nous répondons à l’appel urgent des soignants. Il nous faut éviter l’arrivée de blessés durant le réveillon», a confirmé le ministre-président de Bavière, Markus Söder.

Si les offices religieux restent autorisés, les modalités seront décidées dans les prochains jours. Un effort supplémentaire sera également fait en direction des maisons de retraite où de nombreux foyers d’infection ont éclaté. Les visites seront limitées à une personne par semaine et le personnel y sera testé deux fois par semaine.

Pour compenser ces nouvelles mesures, l’Etat mettra une nouvelle fois la main au porte-monnaie. Le ministre des Finances, Olaf Scholz, a confirmé un prolongement et une hausse des aides compensatoires pour les entreprises et particuliers. Vendredi déjà, le Bundestag avait adopté un budget 2021 en très forte hausse, avec une augmentation de la dette publique de 180 milliards d’euros.

Record battu avec 598 décès en un jour

Qualifiées «d’arrêt de mort» par la Fédération du commerce, ces annonces à quelques jours des Fêtes interviennent alors que le nombre d’infections et de morts est reparti à la hausse la semaine dernière, après avoir stagné. Un record a été battu, le 10 décembre, avec 598 décès. Au total, ce pays de 83 millions d’habitants a enregistré près de 22 000 morts, contre 6000 pour la Suisse et ses 8,5 millions d’habitants.

«Si nous ne faisons rien, nous serons bientôt l’enfant à problèmes de l’Europe», a résumé Markus Söder. «La situation est très sérieuse», constate-t-il. Les hôpitaux tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs jours et prédisent une surcharge des services de soins intensifs à Noël, à une période ou le personnel est traditionnellement réduit. Le nombre de patients en soins intensifs a dépassé la barre des 4200, bien plus qu’au printemps.

Très efficace, la réunion de ce dimanche a aussi été accélérée par la pression de certains lands particulièrement touchés. La Bavière, la Saxe et le Bade-Wurtemberg ont renforcé leur confinement la semaine dernière et la chancelière s’enflammait mercredi au sein du Bundestag pour convaincre de la nécessité de mesures plus strictes.

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Alors que l’Allemagne faisait figure au printemps de bon élève face au virus, avec un nombre de morts limité, les développements des derniers jours soulèvent de nombreuses questions. Le fédéralisme est-il à bout? Faut-il davantage de centralisme? Le confinement «light» de novembre était-il une erreur? L’Allemagne s’est-elle endormie sur ses lauriers? Certains dans l’opposition et parmi les virologues sont sceptiques quant à la stratégie sur le long terme des autorités. L’extrême droite et les libéraux du FDP exigent, eux, plus de mesures pour protéger les groupes à risques, avec une stratégie de tests plus adaptée. Ce dimanche, le Bavarois Markus Söder rappelait plus simplement que «le coronavirus est un territoire inconnu permanent» pour les politiques.