Le déconfinement va-t-il trop vite ou, au contraire, trop lentement? L’annonce mardi d’une légère remontée du taux de reproduction du virus – l’un des indicateurs centraux dans la lutte contre l’épidémie – a de nouveau alimenté ce débat alors que l’Allemagne a assoupli ses mesures de restriction il y a dix jours.

Taux de contamination

Selon l’Institut de santé publique Robert Koch (RKI), un malade contamine en moyenne une autre personne, soit un peu plus que la semaine dernière. De l’aveu même de la chancelière Angela Merkel – physicienne de formation qui écoute avec attention ses confrères scientifiques dont «elle sait lire les rapports» – ce taux doit rester, sur la durée, en dessous de 1 pour que l’épidémie soit «contrôlable».

Pas de panique toutefois, assure le RKI qui rappelle que le système de santé n’a encore jamais été surchargé et qu’il «ne devrait pas l’être». Autre point positif, le nombre de nouveaux cas se stabilise autour d’un millier par jour, soit deux fois moins qu’il y a deux semaines. Et même si le taux de létalité continue de croître (3,8%), il reste inférieur à celui des pays voisins. «Nous avons réussi cela ensemble», a rappelé Lothar Wieler, le directeur de l’Institut Koch. «Nous devons continuer à confirmer cette réussite», ajoute-t-il, en appelant les Allemands à rester à la maison, à garder leurs distances et à porter un masque.

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Par cet appel, l’Institut Koch conforte la position prudente de la chancelière qui s’inquiète du rythme «parfois trop rapide» du déconfinement dans certaines régions. «Un deuxième shutdown serait dramatique pour l’économie», estime-t-elle, craignant une nouvelle vague d’infections. Sa position pourrait s’imposer ce jeudi ainsi que le 6 mai prochain, lors de deux nouvelles vidéoconférences auxquelles elle participera avec les ministres-présidents des 16 Länder, afin de coordonner leurs actions. Dans cette crise, les autorités régionales, chargées des affaires sanitaires et de l’enseignement, accordent en effet leurs violons quant aux mesures de restrictions à prendre, sous la houlette de la Chancellerie fédérale et sur la base des informations sanitaire fournies par l’Institut Koch.

Retour à l’école

Coordonnées dans leurs grandes lignes, ces mesures sont toutefois souvent appliquées différemment selon les régions. Ainsi, si le port du masque est obligatoire dans les transports en commun et les magasins, le non-respect de cette règle est sanctionnée de 150 euros d’amende en Bavière mais ne l’est pas à Berlin. Même disparité pour les musées encore fermés partout, sauf dans le Brandebourg et la Thuringe. Même chose pour les écoles dont les dates de rentrée s’étalent sur plusieurs semaines en fonction des régions et des niveaux.

Ce mardi, les 16 ministres régionaux de l’enseignement se sont mis d’accord sur les lignes directrices à tenir, en espérant que tous les enfants reprennent l’école d’ici au mois de juin. Contrairement à la Suisse, les maternelles pourraient en revanche attendre le mois d’août pour reprendre du service. Autre particularité du modèle allemand, les cours constitutionnelles régionales ont invalidé certaines mesures. C’est le cas dans la Sarre où les réunions familiales sont désormais autorisées, contrairement au reste du pays.

Deux camps s'opposent

Dans ce contexte, les milieux économiques et l’opposition s’impatientent. Le Parti libéral (FDP) ainsi que l’extrême droite (AfD) demandent un déconfinement plus rapide alors que la croissance économique pourrait reculer de 6,3% cette année selon les prévisions du gouvernement. Le député Wolfgang Kubicki (FDP) met aussi en cause l’Institut Koch, craignant que ses données et son fameux taux de reproduction ne soient «motivés politiquement plutôt que scientifiquement fiables».

Même chez les chrétiens-démocrates d’Angela Merkel, la tension monte. Le président du Bundestag, Wolfgang Schäuble, a dénoncé ce week-end «la subordination de toutes les autres préoccupations à l’objectif de sauver des vies». «Nous ne devons pas laisser les décisions aux seuls virologues, nous devons également prendre en compte les énormes implications économiques, sociales, psychologiques et autres», conseille-t-il, soutenu en cela par le président de la région de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Armin Laschet.

Qui des deux camps aura gain de cause? L’évolution du nombre de nouveaux cas de Covid-19 dans les prochains jours le déterminera en partie.