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Le chef du Parti social-démocrate, Martin Schulz, dimanche, après le vote.
© THILO SCHMUELGEN/REUTERS

Europe

L’Allemagne vers une grande négociation

Les sociaux-démocrates ont autorisé dimanche à une courte majorité la direction de leur parti à entamer des négociations avec la chancelière chrétienne-démocrate Angela Merkel en vue de former le prochain gouvernement. Mais ce résultat serré affaiblit les deux principales formations du pays

C’est avec un visible soulagement que la direction du Parti social-démocrate a entonné dimanche «Mit uns zieht die neue Zeit» («Avec nous vient l’ère nouvelle»), l’hymne informel qui clôt chaque congrès du parti. Mais «nouvelle ère» est une expression osée en ce début de semaine. Les quelque 600 délégués réunis dimanche en congrès extraordinaire à Bonn ont approuvé à une courte majorité de 56% (362 voix pour et 279 contre) l’ouverture de négociations avec le Parti chrétien-démocrate d’Angela Merkel, en vue de poursuivre la «GroKo», la Grande Coalition CDU-CSU-SPD au pouvoir depuis 2013.

Laminé par les urnes le 24 septembre, le Parti social-démocrate avait, le soir du scrutin, catégoriquement exclu de s’allier de nouveau avec la chancelière, dans l’espoir de se régénérer dans l’opposition. Mais l’échec à la mi-novembre d’une tentative de coalition dite «Jamaïque» (alliant la CDU, les Verts et les libéraux) avait finalement obligé le SPD à revoir sa position et à retourner à la table des négociations.

Lire aussi: Angela Merkel soutient l’agenda de la Bulgarie

L’avenir politique de l’Allemagne et de l’Europe se jouait dimanche à Bonn, où les délégués devaient se prononcer sur l’ébauche de programme commun de gouvernement signé le 12 janvier entre la CDU-CSU et le SPD, à l’issue d’âpres consultations préliminaires. Ce préaccord ne satisfait pas vraiment en interne.
«Le texte ne reprend pas des revendications primordiales du SPD telles que la fin du système de santé à deux vitesses ou une meilleure répartition du patrimoine, résume Kevin Kühnert, le chef des Jusos, le mouvement de jeunesse du parti, qui a pris la tête de la fronde anti-GroKo.

Le SPD a dû avaler des pilules amères, concernant par exemple le regroupement familial des réfugiés, que la CSU bavaroise a réussi à limiter de façon drastique. Nous déplorons également le manque de positionnement clair sur la stabilité à long terme des retraites ou sur le climat, deux thèmes particulièrement importants pour nous, les jeunes. De notre point de vue, le SPD n’est pas dans l’obligation de se lancer dans une nouvelle Grande Coalition.»

Les Jusos militaient depuis des mois en faveur d’un gouvernement minoritaire. Un gouvernement «inconfortable pour Mme Merkel, mais la politique allemande ne doit pas s’orienter en fonction des goûts d’Angela Merkel», conclut le patron des Jusos.

Faible marge de manœuvre

Plusieurs fédérations telles que celles de Berlin ou de Saxe-Anhalt avaient, en amont du congrès, annoncé leur intention de rejeter elles aussi l’accord du 12 novembre. Dimanche matin encore, l’issue du vote semblait incertaine.
«Le résultat de dimanche est si serré qu’il va accroître la pression sur (le chef du SPD) Martin Schulz pour obtenir davantage encore de la CDU», estime un commentateur de la chaîne de télévision publique ARD. Pas question en effet pour l’ancien président du Parlement européen, qui devra soumettre l’accord final à l’ensemble des membres du parti à l’issue des négociations, de se présenter à sa base les mains vides. «La balle, poursuit le commentateur, est maintenant dans les mains d’Angela Merkel.»

«Les négociations ne font que commencer, et nous discuterons avec autant de ténacité que lors des discussions préliminaires», a assuré dimanche soir Martin Schulz, alors que la CDU a exclu pour sa part toute nouvelle concession aux sociaux-démocrates. Les conservateurs bavarois de la CSU – qui devront faire face à la concurrence du parti d’extrême droite AfD lors d’élections régionales difficiles à l’automne – sont particulièrement récalcitrants.

Arrangement durable?

«Ce résultat très serré est mauvais pour Martin Schulz comme pour Angela Merkel, résume la politologue Andrea Römmele, de la Hertie School of Governance. Je suis convaincue que le prochain gouvernement ne tiendra pas quatre ans.» Conservateurs et sociaux-démocrates, qui pouvaient s’appuyer sur une confortable majorité des deux tiers lors de la précédente législature, ne disposent plus que de 53% des députés du Bundestag.

Dans un premier temps, le vote de Bonn permet d’éloigner un peu le spectre de nouvelles élections, qui pourraient se traduire par une nouvelle poussée de l’extrême droite, entrée avec fracas au Bundestag en septembre avec près de 13% des voix. Les sondages créditent aujourd’hui l’AfD de près de 15% des intentions de vote, tandis que les scores du SPD et de la CDU continuent de dégringoler.

Soulagement en Europe

Le vote de dimanche est une satisfaction pour les partenaires de l’Allemagne, qui misent sur Angela Merkel pour mener à bien la réforme des institutions européennes. La chancelière, qui ne devrait pas se représenter pour un quatrième mandat, «sera tentée d’entrer dans l’histoire en tant que chancelière de l’Europe», assure Andrea Römmele.

Plusieurs semaines d’âpres négociations seront suivies d’une consultation par voie postale de l’ensemble des quelque 450 000 membres du Parti social-démocrate: dans tous les cas de figure, l’Allemagne ne devrait pas avoir de nouveau gouvernement avant avril.

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