Roumanie

«L’Allemand» Klaus Iohannis élu à la présidence

Elu à la surprise générale au deuxième tour, Klaus Iohannis devra faire face à un parlement hostile et composer avec un gouvernement dirigé par son adversaire malheureux, Victor Ponta

«L’Allemand» Klaus Iohannis élu à la présidence roumaine

Roumanie L’élu devra faire face à un parlement hostile et composer avec un gouvernement dirigé par son adversaire

Contrairement à la majorité de ses concitoyens, le nouveau président roumain Klaus Iohannis (centre droit) ne croit pas aux miracles mais au «travail bien fait» – une conviction tellement forte qu’il en a fait son slogan de campagne. Et contrairement à toutes les prévisions c’est bien cet homme au patronyme si peu roumain qui l’a emporté au second tour du scrutin, dimanche, face au premier ministre sortant, le social-démocrate Victor Ponta.

«L’Allemand», comme le surnomment ses détracteurs à cause de ses origines germaniques, a battu son opposant avec une confortable avance (55% contre 45% des voix) grâce à une mobilisation sans précédent des électeurs les derniers jours de la campagne (plus de 62% de participation), notamment parmi les jeunes et ceux issus de la diaspora. Prenant la parole pour la première fois en tant que chef de l’Etat élu, Klaus Iohannis a tenu à leur rendre hommage: «Chers Roumains, vous avez été fantastiques aujourd’hui. Nous avons observé une participation massive et je salue la diaspora», a-t-il déclaré avant de rejoindre la foule place de l’Université à Bucarest, le lieu de toutes les célébrations démocratiques en Roumanie.

Confusion de genres

Mais, une fois l’euphorie de cette victoire inattendue passée, l’ancien maire de Sibiu (ouest), si fier d’avoir su redonner à sa ville son lustre d’antan, aura du pain sur la planche. «A Sibiu, j’ai démontré qu’on pouvait avoir une administration efficace. Je suis persuadé de pouvoir faire la même chose pour la Roumanie tout entière», a-t-il dit entre les deux tours. Mais la Roumanie n’est pas Sibiu.

Klaus Iohannis devra notamment apprendre à gouverner en composant avec une majorité de gauche au parlement qui lui sera franchement hostile et un gouvernement dirigé par son adversaire malheureux Victor Ponta qui a immédiatement déclaré qu’il ne comptait pas démissionner de son poste. Or, en Roumanie, peut-être davantage qu’ailleurs, la cohabitation est tout sauf une partie de plaisir. «L’agressivité de nos luttes politiques a quelque peu surpris les Européens», admettait, penaud, Victor Ponta lui-même en septembre 2012, après une énième crise institutionnelle provoquée par les assauts du jeune socialiste et de ses camarades contre la présidence de Traïan Basescu (droite).

Pendant ses deux mandats, Traïan Basescu a dû faire face à une véritable guerre des tranchées et à deux tentatives de destitution avortées, celle de 2012 étant tellement violente que les partenaires occidentaux de Bucarest n’hésitaient à parler de «guerre civile». Le premier ministre Ponta et le président Basescu sont allés jusqu’à se disputer l’utilisation de l’avion officiel et se bagarraient pour arriver en premier aux sommets européens qui exigeaient la présence du «chef de l’Etat» roumain. Or, la nature même de la fonction présidentielle en Roumanie, inchangée depuis 1974 lorsque parlement et gouvernement étaient atones, permet cette confusion des genres. Et rend possibles aujourd’hui des blocages sinon des bras de fer mémorables sur la moindre nomination, du patron des services secrets au directeur de l’Institut roumain à Paris.

Cette cohabitation à la roumaine est aussi très néfaste pour le climat des affaires. Las de subir les effets collatéraux des luttes d’influence entre les deux pôles opposés du pouvoir exécutif, de nombreux investisseurs et directeurs d’entreprise étrangers espéraient secrètement une victoire du premier ministre sortant, afin de «retrouver une cohérence et une atmosphère plus apaisée et propice au business», comme l’affirme l’un d’entre eux. Pour eux, l’élection de Klaus Iohannis sonne davantage comme un retour à la case départ, un de plus dans ce pays régulièrement pointé du doigt par la Commission européenne pour la lenteur de ses réformes.

Aussi, les derniers jours de la campagne, marquée par une multitude de coups bas orchestrés par les services secrets souvent instrumentalisés à des fins politiques, ont donné un avant-goût de ce que pourrait être la future cohabitation. A cela se sont ajoutées ces manifestations dont les images ont envahi les réseaux sociaux d’électeurs formant d’interminables files d’attente devant les ambassades roumaines à l’étranger. Votant traditionnellement contre la gauche ex-communiste, les membres de la diaspora ont accusé le gouvernement de Ponta d’avoir tout fait pour les empêcher de s’exprimer lors de ce scrutin. Ce dernier épisode a obligé le ministre des Affaires étrangères, Titus Corlatean, à présenter sa démission.

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