Europe

L’Alliance atlantique et Moscou reprennent langue

Après deux ans de suspension, le Conseil OTAN-Russie ne réunit de nouveau ce mercredi à Bruxelles. Michal Baranowski, un politologue polonais, ne voit aucun signe de bonne volonté du côté russe

Jeudi dernier, un chasseur russe a intercepté de «façon dangereuse et non professionnelle» un Boeing RC-135 de reconnaissance se trouvant dans l’espace aérien international au-dessus de la mer Baltique dans le cadre d’une mission pour l’Alliance atlantique (OTAN). Deux jours plus tôt, des avions russes ne cessaient de survoler le destroyer américain USS Donald Cook qui naviguait au large de l’enclave russe de Kaliningrad, arborant lui aussi les couleurs de l’Alliance. Un bombardier Sukhoi Su-24 est même passé tout près du navire. L’administration américaine a qualifié les deux incidents d’extrêmement graves. «Nous condamnons ce genre de comportement. C’est inconscient, c’est provocant et c’est dangereux», a protesté le secrétaire d’Etat américain John Kerry.

Ce n’est pas la guerre, mais l’OTAN et Moscou se regardent toujours en chiens de faïence. En novembre dernier, un pays membre de l’Alliance, la Turquie, a abattu un avion russe en mission en Syrie qui avait violé son espace aérien. Mais les tensions sont plus anciennes et sont liées à l’annexion de la Crimée par la Russie en mars 2014. Le soutien militaire russe aux séparatistes dans le Donbass, dans l’est de l’Ukraine, n’a fait qu’envenimer la situation. Mesure de rétorsion, les Alliés avaient immédiatement suspendu toute coopération avec Moscou. Mais signe d’un réchauffement, l’Alliance atlantique vient de changer d’avis et entend réactiver le Conseil OTAN-Russie qui sert de cadre pour des consultations bilatérales. Une première réunion a lieu ce mercredi, après deux ans de silence.

Le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg veut minimiser la portée de ce retournement. Dans un communiqué publié la semaine passé, il affirme que les canaux de dialogue étaient restés ouverts malgré la crise. Cette première réunion sera consacrée à la situation en Ukraine et sur la nécessité de mettre en œuvre les accords de Minsk. Egalement à l’agenda, l’insécurité en Afghanistan et les menaces terroristes dans le monde.

Mais les Russes viennent à table dans un tout autre esprit. «Nos relations sont très mauvaises et nous n’avons pas d’agenda positif depuis mars 2014», a déclaré lundi Alexandre Groucho, ambassadeur russe auprès de l’Alliance. La Russie veut saisir l’occasion pour protester contre le renforcement militaire «absolument injustifié» de l’Alliance dans les Pays baltes. Le diplomate accuse l’OTAN de prendre prétexte de l’annexion de la Crimée «pour déployer des forces supplémentaires, augmenter l’activité militaire, créer des sites de stockage d’armes et augmenter la taille et le nombre de ses exercices devant nos portes».

Michal Baranowski, chef du bureau à Varsovie de German Marshall Fund, un centre international d’analyses politiques, est très circonspect sur les résultats de la réunion de ce mercredi. Selon lui, Moscou n’a montré aucun signe de bonne volonté par rapport à l’Ukraine et la Crimée alors même qu’elle a violé toutes les règles du droit international. «Au contraire, la Russie s’adonne à la provocation militaire dangereuse comme le démontrent les deux incidents de la semaine dernière, dit-il. L’idée d’une désescalade est totalement absente de son côté.»

Le spécialiste polonais réfute l’idée selon laquelle les 28 membres de l’OTAN ne tirent pas sur la même corde. «Je pense que l’Alliance sortira encore plus soudée face à la Russie lors de son prochain sommet qui aura lieu début juillet à Varsovie. Les travaux préparatifs vont dans ce sens», ajoute Michal Baranowski.

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