Un long bâtiment de couleur crème érigé dans le courant des années 1980 et sans le moindre cachet architectural. A priori, l’ancien hôtel Diplomat de Jérusalem-Ouest (la partie juive de la ville sainte) n’aurait jamais dû faire parler de lui. D’autant qu’il a été réaménagé en maison de retraite pour russophones de condition modeste et que ses 500 chambres studio ne présentent aucun caractère exceptionnel.

Pourtant, ce bâtiment situé au beau milieu du quartier d’Arnona intéresse beaucoup de monde depuis que Donald Trump a confirmé son intention de transférer l’ambassade américaine en Israël de Tel-Aviv vers Jérusalem, la capitale non internationalement reconnue de l’Etat hébreu. Car cet immeuble a été acheté en 2014 par le Département d’Etat américain qui envisageait d’y transférer certaines activités de son consulat général voisin. Mais cela n’a jamais été fait. En attendant, l’administration américaine le loue donc au Ministère israélien de l’intégration qui y loge des nouveaux immigrants dans le besoin.

«Hautement prioritaire»

Pour longtemps encore? Pas sûr, car l’ex-hôtel est pressenti pour abriter, ne fût-ce que provisoirement, les bureaux de l’ambassade des Etats-Unis si celle-ci déménage à Jérusalem. Le bâtiment pouvant être libéré rapidement, il suffirait de quelques travaux d’adaptation et de sécurisation.

Quelques heures à peine après son élection le 8 novembre, Donald Trump a en tout cas ordonné à ses collaborateurs de prendre contact avec le maire de la ville sainte Nir Barakat (Likoud) afin d’étudier les moyens de faciliter l’installation du nouvel ambassadeur des Etats-Unis David Friedman. La municipalité s’est évidemment empressée de répondre favorablement. D’autant que selon l’entourage du président élu, ce dernier «considère la question comme hautement prioritaire».

Depuis lors, plusieurs réunions d’experts ont d’ailleurs été organisées à la municipalité, dans les ministères israéliens concernés, ainsi qu’au sein des services de sécurité de l’Etat hébreu afin de plancher sur les répercussions du déménagement. Parce que David Friedman et ses bureaux seraient encore plus menacés dans leurs nouveaux locaux qu’à Tel-Aviv.

Scénario hybride

«Nous comprenons bien que ce déménagement implique de nombreux paramètres et qu’il ne se fera pas en quelques heures. Mais à titre symbolique, il suffirait que Washington décide de remplacer la plaque «consulat général» par «ambassade» pour initier le mouvement, plaide Nir Barakat. Dans un premier temps, David Friedman pourrait travailler là avant de s’installer ailleurs de manière permanente.»

Officiellement, Benyamin Netanyahou et ses ministres se réjouissent des intentions américaines. En revanche, en privé, ils sont plus prudents. Ils envisagent un scénario hybride selon lequel le siège de l’ambassade resterait à Tel-Aviv alors que David Friedman résiderait à Jérusalem au lieu de la station balnéaire d’Hertzliya (nord de Tel-Aviv) comme tous ses prédécesseurs. Le gros du personnel de l’ambassade resterait également à Tel-Aviv pendant que l’ambassadeur travaillerait dans la ville sainte avec une petite équipe de collaborateurs basés à l’ex-hôtel Diplomat.

C’est triste pour les pauvres retraités qui devront s’installer ailleurs, mais soyons francs: leur avis ne pèse pas beaucoup

«Il s’agit d’habituer l’opinion internationale à l’idée [d’un tel déménagement], affirme un proche du premier ministre. Après, lorsque la tempête de protestations se sera calmée, le transfert définitif aura lieu.»

Dans le quartier d’Arnona où trône le bâtiment de l’ancien hôtel, les spéculations vont en tout cas bon train. «C’est triste pour les pauvres retraités qui devront s’installer ailleurs, mais soyons francs: leur avis ne pèse pas beaucoup. Voilà des décennies qu’Israël prie pour l’installation de l’ambassadeur américain à Jérusalem, cela vaut tous les sacrifices», lâche Yehiel Grauman, un ingénieur résidant à proximité. «Et ce sera un beau pied de nez au reste du monde qui nous déteste», enchaîne Vera Kotler, assistante sociale en tournée dans le quartier. Car l’Etat hébreu considère Jérusalem comme sa capitale «pour les siècles des siècles».

La «fin du processus de paix»

A contrario, à Ramallah, Mahmoud Abbas multiplie les avertissements aux Américains, expliquant que le déménagement «plongera la région dans le chaos». Quant au secrétaire général de l’OLP, Saeb Erekat, il proclame que ce geste «mettrait fin au processus de paix». A l’en croire, son organisation annulerait alors la reconnaissance de l’Etat hébreu avalisée par les accords de paix d’Oslo 1993.

Mais ces menaces ne rencontrent pas beaucoup d’écho en Israël qui voit dans la politique prônée par Donald Trump le «début d’une nouvelle ère au Proche-Orient».