«Je suis envahi par un sentiment de culpabilité, par les remords et je me reproche (ma gestion de la crise)», a confié Ma Guoqiang, le secrétaire du Parti communiste chinois (PCC) dans la municipalité. «Si j’avais pris plus tôt des mesures fortes de restrictions, a-t-il ajouté, le résultat aurait été meilleur que ce qu’il est aujourd’hui.» Un jour après que l’Organisation mondiale de la santé eut déclaré l’urgence de santé publique de portée internationale pour contrer au mieux l’épidémie de coronavirus qui sévit en Chine depuis quelques semaines, les propos de ce responsable politique résonnent comme une antienne déjà entendue par le passé. Chaque crise de ce type «provoque bien souvent des purges au sein du système», relève un bon connaisseur de la Chine.

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Alors que le virus a déjà contaminé plus de 10 000 personnes en Chine continentale, qu’il a été exporté dans plus de 18 pays et qu’il a été transmis de personne à personne en Chine, mais aussi dans au moins quatre autres pays, l’ambassadeur de Chine auprès de l’ONU à Genève, Chen Xu, a tenu à parler devant l’Association des correspondants accrédités auprès Nations unies (Acanu) à Genève pour rassurer.

De retour de Pékin où il a accompagné le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, il a déclaré: «Depuis le début de l’épidémie, le gouvernement chinois a pris des mesures très efficaces pour combattre la maladie. Ils ont pris le leadership pour mobiliser tout le pays. Toute la nation est mobilisée. Grâce à nos efforts conjoints, nous sommes capables de vaincre l’épidémie.» Chen Xu a rappelé que les raisons qui ont poussé l’OMS à décréter l’urgence n’ont rien à voir avec la manière dont son pays gère la crise, mais plutôt avec le risque que peuvent encourir des Etats dont les systèmes de santé sont plus vulnérables. C’est aussi, a-t-il souligné, une manière de mobiliser davantage de ressources à l’échelle internationale.

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Pas coupée du monde

Pour l’heure, nombre de compagnies aériennes ne desservent plus la Chine, notamment Air France, Lufthansa et British Airways. Mais la Chine n’est pas coupée du monde, plusieurs autres compagnies continuant à voler vers des villes chinoises. C’est d’ailleurs tout le message de l’ambassadeur de Chine. A ce stade, il n’y a pas lieu de paniquer, ni de «prendre des mesures excessives».

Une manière de critiquer les mesures des compagnies aériennes et les fermetures de frontières, mais aussi et surtout la recommandation des Etats-Unis à leurs citoyens de ne pas se rendre en Chine ou de quitter le pays s’ils y résident. Le Comité d’urgence qui a conseillé au docteur Tedros, patron de l’OMS, de déclarer l’urgence jeudi soir, abonde dans le sens de la Chine. Des précautions excessives sont contre-productives et sanctionnent inutilement un pays. «L’OMS a pleinement confiance dans la Chine» pour gérer l’épidémie, a précisé le diplomate.

Interrogé sur l’impact économique de l’épidémie de coronavirus, Chen Xu l’a admis: «Les mesures drastiques qu’a prises le gouvernement chinois en mettant en quarantaine des villes, des mesures qui vont bien au-delà de ce que l’OMS exige, ont un coût très élevé, mais nécessaire. Mais elles ont montré leur efficacité. Les contaminés hors de Chine ne représentent que 1% du total.»

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Chiffrer les pertes

L’ambassadeur peine toutefois à chiffrer les pertes. L’Economist Intelligence Unit (EIU), une société d’analyse appartenant au groupe The Economist, relève que si la crise sanitaire actuelle a l’ampleur de l’épidémie de Sras qui a sévi en Asie en 2002-2003, elle pourrait réduire la croissance chinoise de 0,5 à 1,5 point et celle-ci pourrait se limiter à 5,9% en 2020.

Dans le cas d’une chute de 1,5 point de croissance, cette baisse aurait un impact sur la croissance mondiale entre 0,1-0,3 point et 2,1-2,3 points de croissance. Selon l’EIU, les répercussions pourraient être fortes pour les pays qui dépendent du tourisme chinois comme la Thaïlande, le Vietnam, le Cambodge, la Malaisie et Singapour. «Si le nombre de contaminés baisse, les nouvelles économiques seront encourageantes. S’il augmente de façon substantielle, ce sera plus difficile», ajoute Chen Xu.

L’ambassadeur réfute la thèse selon laquelle la Chine aurait fait pression sur le comité de scientifiques pour retarder la déclaration d’urgence. Le comité s’était réuni à deux reprises la semaine dernière sans décider de prendre une telle mesure. «C’est la situation sur le terrain qui a justifié cette déclaration. Nous avons pleinement confiance dans l’OMS et le Comité d’urgence pour prendre de telles décisions. L’OMS fait son devoir. Le docteur Tedros l’a répété lui-même et je le redis. C’est le temps d’écouter la science et non les rumeurs, de montrer de la solidarité et non de stigmatiser.»