«Transformer la société face à la domination de la finance mondiale»: c'est ainsi que les socialistes français ont résumé, mercredi, leur nouvelle ambition. Après de longues discussions, les principaux dirigeants du PS, Ségolène Royal comprise, ont adopté le projet qui devrait servir de plate-forme électorale au candidat du parti pour l'élection présidentielle de 2007. Mais derrière les grandes déclarations, la rivalité entre prétendants à l'investiture continue de faire rage.

En 2002, de nombreux électeurs de gauche influencés par les idées altermondialistes avaient boudé le PS jugé trop «social-libéral». Les responsables socialistes en ont conclu que pour gagner en 2007, il faudrait gauchir leur discours. C'est chose faite: le nouveau projet propose d'augmenter le salaire minimum à 1500 euros mensuels (2300 francs suisses environ), d'empêcher que les loyers absorbent plus du quart des revenus des ménages modestes, de renationaliser les anciens monopoles publics du gaz et de l'électricité, de créer une «allocation d'autonomie» pour les jeunes en formation ou au chômage...

Le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, a promis que l'impact financier de ces mesures, sobrement qualifiées par Le Monde de «très coûteuses», serait chiffré. Les socialistes espèrent financer leur programme par la croissance économique et la suppression de certaines niches fiscales. Même s'ils ne parlent pas de hausses d'impôts, les généreuses mesures qu'ils préconisent ont de quoi horrifier les milieux d'affaires. «Si les socialistes sont élus, ce sera terrible, prédisait il y a quelques semaines une source gouvernementale. Leurs idées, c'est du populisme, du Berlusconi aux petits pieds.»

Unir les chapelles socialistes

«C'est un programme classique dans son archaïsme», commente Charles Wyplosz, professeur d'économie à l'Institut de hautes études internationales à Genève. Il voit dans le pilote du projet, Henri Emmanuelli, ancien chantre du «non» à la Constitution européenne, un «doux rêveur marxiste».

Mais la fonction première du projet est moins de convaincre les masses que d'unir les différentes chapelles socialistes: «C'est un compromis, chaque courant a fait passer un certain nombre d'amendements, relève le politologue Henri Rey du Cevipof à Paris. C'est un catalogue qui vaut moins par sa cohérence que par la mise en exergue d'un certain nombre de mesures phares.»

Une fois passé ce rare moment de consensus, la mitraillade verbale entre «présidentiables» a repris. Sur un ton un peu pincé, Ségolène Royal a riposté aux critiques de ses adversaires (LT du 7.06.2006) en évoquant «certains responsables, qui font beaucoup de bruit mais qui sont assez peu nombreux au demeurant, alors qu'à la base, je ressens beaucoup de soutien». Dans les milieux journalistiques, de folles rumeurs courent sur «l'été meurtrier» qui se préparerait au PS avant une grande réunion prévue fin août à La Rochelle. Certains ennemis de Ségolène Royal seraient même prêts à faire des révélations fracassantes sur sa vie personnelle.

Pour le politologue Henri Rey, il faut ramener les choses à leur juste proportion: «Il y aura une concurrence torride, c'est vrai, pour rallier les nouveaux adhérents et les appareils locaux. Mais cela ne dépassera pas certaines limites: il n'y aura ni poison, ni poignards.» Et si le candidat socialiste gagne en 2007, l'abondance des postes ministériels à pourvoir devrait permettre de calmer les appétits des «présidentiables» déçus.