Fritz est de retour. Treize ans après avoir annoncé sa retraite politique («Il est temps de laisser la place à une autre génération», avait-il dit alors), Walter Mondale est à nouveau candidat. L'ancien vice-président de Jimmy Carter n'allait pas refuser l'appel des démocrates inquiets: lui seul peut sauver le siège de Paul Wellstone, sénateur du Minnesota et ténor de la gauche du parti, tué il y a une semaine dans un accident d'avion (LT du 28 octobre). Cinq jours avant l'élection du 5 novembre, commençant tout juste sa campagne (ce sera un «Fritz Blitz», disent les badges que distribuent ses partisans: Fritz est son petit nom), Mondale, 74 ans, est logiquement favori.

Mais rien n'est dit. George Bush, dimanche, sera dans le Minnesota pour batailler contre le revenant et soutenir Norm Coleman, un jeune républicain que le président a lui-même lancé dans cette bataille difficile.

Et puis, ce qui s'est passé mardi soir à Minneapolis a mis mal à l'aise des proches de Wellstone, à qui un hommage était rendu dans l'Arena, la plus grande salle de spectacle de la ville. La réunion, à laquelle participaient tous les leaders nationaux (Hillary et Bill Clinton, Al Gore), et Fritz Mondale qui n'était alors pas encore candidat, s'est transformée en un tonitruant meeting politique. Trent Lott, le chef des républicains au Sénat, qui était venu dire adieu à son collègue disparu, a été hué. Et le gouverneur du Minnesota, l'ancien catcheur professionnel Jesse Ventura, a quitté la salle, furieux contre les démocrates qui n'aiment guère ce géant populiste, élu en tant qu'indépendant il y a quatre ans.

Walter Mondale, comme si ces turbulences ne suffisaient pas, doit encore affronter la loi électorale de l'Etat: elle stipule que les bulletins au nom d'un candidat décédé seront annulés, y compris ceux du vote par correspondance. Les démocrates sont déjà devant la Cour suprême pour demander que tous ceux qui avaient déjà envoyé leur bulletin par la poste puissent voter une seconde fois. Les républicains, naturellement, s'opposent à cette demande.

La nuit du 5 novembre promet d'être houleuse dans le Minnesota. Ailleurs dans le pays, il y aura d'autres situations tendues, d'autres disputes, et il n'est pas certain qu'on sache dès le 6 qui contrôle le Sénat et la Chambre des représentants. Novembre 2000, en remake parlementaire?