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L’Amérique surarmée à nouveau endeuillée

La fusillade survenue dans une école de Floride a provoqué la mort de 17 personnes. Le tueur affichait sa passion pour les armes sur les réseaux sociaux

Nikolas Cruz, 19 ans, avait tout prémédité. L’auteur de la fusillade du lycée Marjory Stoneman Douglas de Parkland, en Floride, qui a fait 17 morts mercredi, est arrivé sur les lieux de son méfait avec un masque à gaz sur le visage et des grenades fumigènes, puis a déclenché l’alarme incendie pour faire sortir les élèves des salles de cours. Ensuite, il a tiré avec un semi-automatique AR-15, sans discontinuer, avant d’être arrêté.

Des signes avant-coureurs

Son profil psychologique se précise. C’était un ancien élève, asocial, adopté à la naissance par un couple de quinquagénaires. Un jeune homme qui vient de perdre sa mère, il y a quelques mois, et qui a été expulsé de l’école à la fin de l’année dernière. Un amateur d’armes à feu, qui s’est plusieurs fois révélé menaçant envers ses camarades. Un «déséquilibré», selon Donald Trump.

Il avait posté des photos d’armes sur son profil Instagram, désactivé depuis. Jeudi, les Américains s’interrogeaient davantage sur les signes avant-coureurs qui auraient, peut-être, permis d’éviter l’une des pires tueries survenues en milieu scolaire qu’ils ne s’insurgeaient contre l’inaction du Congrès pour réglementer l’accès aux armes. Selon le site BuzzFeed, un certain Nikolas Cruz aurait laissé un commentaire sur une plateforme YouTube en forme de menace: «Je vais devenir tireur professionnel dans les écoles.» Ce commentaire a été signalé au FBI en septembre. La police fédérale le confirme, sans préciser s’il s’agit bien de la même personne. 

Pas un mot sur les armes

La tragédie est la plus grave touchant une école depuis celle de Sandy Hook, en décembre 2012, où 20 enfants et 6 adultes avaient trouvé la mort. II s’agit de la 291e fusillade dans un établissement scolaire américain depuis 2013. C’est déjà la 18e fusillade de l’année 2018. Elle a eu lieu quelques mois seulement après celle de Las Vegas, en octobre 2017, qui s’est révélée la plus meurtrière des Etats-Unis, avec 58 morts.

Comme après chaque drame, des voix, minoritaires, s’élèvent pour exiger de durcir la réglementation sur les armes. Mais une fois l’émotion passée, le Congrès, en majorité républicain, ne bougera probablement pas. Le puissant lobby des armes, la NRA, a injecté des millions de dollars dans les campagnes de nombreux élus. Des voix se font même entendre pour imposer des gardiens armés dans chaque école.

Sur Twitter, Donald Trump a d’abord dénoncé le fait que des indices démontraient que le tueur était «mentalement dérangé». «Les voisins et camarades de classe savaient qu’il représentait un gros problème. Ces cas doivent être signalés aux autorités, encore et encore!» s’est-il contenté d’écrire, sans rouvrir le débat sur les armes. Il a ensuite ordonné la mise en berne des drapeaux.

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En milieu de journée, le président a repris la parole. Dans sa courte allocution, il a adressé ses condoléances aux familles des victimes et à une «nation qui souffre», soulignant, sur le ton d’un prédicateur, qu’«aucun enfant, aucun professeur ne doit se sentir en danger dans une école américaine». Il a aussi annoncé qu’il se rendrait à Parkland et qu’il comptait s’attaquer au «difficile problème des maladies mentales». Mais pas une seule fois il n’a prononcé les mots «arme à feu». Le ministre de la Justice, Jeff Sessions, a de son côté clairement écarté toute idée de réforme législative sur les armes. 

Aveu d’impuissance

Mercredi soir, peu après le drame, le shérif local, Scott Israel, s’était lancé dans un aveu d’impuissance: «Si quelqu’un veut vraiment commettre un carnage, il n’y a pas grand-chose que l’on puisse ou que les forces de l’ordre puissent faire.» Les Etats-Unis ne sont visiblement toujours pas prêts à agir pour tenter d’éviter que des armes de guerre ne se retrouvent entre n’importe quelles mains et provoquent des carnages dans les écoles. Le port d’armes reste profondément ancré dans la psyché américaine, nation du Far West par excellence.

Cette inaction a le don d’agacer le sénateur démocrate Chris Murphy. «Ne me dites pas qu’aujourd’hui n’est pas le bon moment pour débattre des violences par armes à feu, dénonce-t-il sur Twitter. Si vous êtes un responsable politique et que vous ne faites rien au sujet de ce massacre, alors vous êtes complice.»

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