Présidentielle américaine

L’Amérique, un pays fracturé

Le président Barack Obama a rencontré jeudi à la Maison-Blanche son futur successeur. Agissant avec le souci de préserver l’unité du pays, il a dit vouloir pleinement coopérer avec Donald Trump pour faciliter la transition. Mais l’état réel du pays ne trompe pas: il n’a jamais été aussi divisé

Deux pays, deux systèmes de valeurs, deux opposés. La rencontre entre Donald Trump et Barack Obama jeudi matin à la Maison-Blanche avait quelque chose de surréaliste. Le premier vient de remporter la présidentielle la plus ébouriffante de ces dernières décennies. Pour y parvenir, il a démoli la politique menée par le second et douté, jusqu’en septembre dernier, de son américanité.

Le président démocrate a néanmoins agi en défenseur de l’unité du pays. Après la réunion avec son successeur, il l’a répété: «Ma priorité numéro un au cours des deux prochains mois est de faciliter la transition afin que le nouveau président réussisse.» Et le président en place de lâcher à son invité: «Si vous réussissez, l’Amérique réussira». Donald Trump lui-même a changé de ton, déclarant que Barack Obama est «un homme très bien» avant de souligner qu’il se réjouissait de revoir le démocrate «à de très nombreuses reprises».

Des tensions sociales qui risquent de s’intensifier

Ces échanges de politesse ne trompent toutefois pas sur l’état réel du pays: les Etats-Unis n’ont jamais été aussi désunis. Entre les partisans de Donald Trump d’un côté et de Hillary Clinton et Barack Obama de l’autre, les conversations deviennent impossibles. La haine s’est substituée à la tolérance. Dans les rues de plusieurs villes du pays, nombre d’Américains qui se reconnaissent dans l’Amérique inclusive de Barack Obama et de Hillary Clinton, et non dans celle de Donald Trump, ont multiplié les manifestations. Les tensions sociales, déjà fortes avant le 8 novembre, risquent de s’intensifier.

Les militants pro-Trump qui ont subi les effets de la globalisation, de la désindustrialisation et surtout des avancées technologiques prodigieuses de ces deux dernières décennies ont mis tous leurs espoirs dans un homme, milliardaire, qui promet de les aider à remettre le pied à l’étrier. Mais animés par un sentiment d’abandon par les élites, par un pays qui avait pourtant été construit pour eux, certains Blancs exigent une reprise en main autoritaire du pays.

Promesse de défaire le bilan de Barack Obama

Sur le plan racial, le séisme politique de mardi ne va rien arranger. La perspective de voir à la tête du Ministère de la justice Rudy Giuliani, l’ex-maire de New York qui n’a cessé de louer l’action des polices américaines et de diaboliser en termes incendiaires le mouvement Black Lives Matter, est préoccupante.

Donald Trump promet par ailleurs de détricoter le bilan de Barack Obama. L’abolition possible d’Obamacare pourrait priver 22 millions d’Américains de couverture médicale. Les Américains qui sont favorables à la réforme se la santé promettent déjà une «guerre totale» à ceux qui veulent l’abroger. Le refus enfin de la politique climatique d’Obama est une ligne rouge pour les «milléniaux» pour lesquels l’avenir de la planète est une priorité. Ils pourraient eux aussi sortir de leur réserve.


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