grèce

L’amertume des Grecs envers l’Allemagne

Le traitement de la crise grecque par la presse allemande a été très mal ressenti dans le pays

Depuis le début de la crise, les Grecs estiment être maltraités dans les médias allemands. La Vénus de Milo drapée du drapeau grec faisant un doigt d’honneur à l’Europe en couverture du magazine allemand Focus avec pour tout commentaire «il y a des voleurs dans la famille européenne», a mis le feu aux poudres.

Réparations de guerrede 4,4 milliards d’euros

Le président du parlement grec a convoqué jeudi l’ambassadeur allemand à Athènes pour lui demander des explications. «Il est important, a-t-il indiqué lors du journal télévisé d’une chaîne privée, que les Allemands comprennent que cette crise financière ne se résume pas à la dilapidation par les Grecs de l’argent des contribuables allemands comme le magazine allemand Stern l’a écrit».

Dans la série «On sort les cadavres des placards», le maire d’Athènes s’en est pris à la chancelière allemande, lui rappelant les dettes de l’Allemagne vis-à-vis de la Grèce. «Vous nous devez 70 milliards d’euros pour les ruines que vous avez laissées», a-t-il déclaré dans un communiqué, faisant allusion à une bataille qui oppose les deux pays sur les réparations de guerre. «Vous nous devez Distomo et Kalavrita», a-t-il également rappelé dans une conférence de presse évoquant les deux villages martyrs de Grèce dont les habitants ont été massacrés par l’armée allemande en retraite.

Berlin a rejeté ces accusations, estimant que le dossier était clos depuis un versement d’indemnités, en 1960, de 4,4 milliards d’euros. C’était sans compter le rappel à l’ordre du tonitruant Théodore Pangalos, numéro deux du gouvernement et ancien ministre des Affaires étrangères: «En partant en 1945, les Allemands ont pris tout l’or de la banque de Grèce! On ne demande pas qu’ils le rendent, mais qu’ils disent au moins merci et qu’ils cessent de parler de nos déficits.»

Boycott des produits allemands

La presse grecque, pour sa part, relève que le climat en Europe tourne au racisme. «Il suffit de dire qu’on est grec pour se faire traiter de voleur souligne, Manolis Kapsis, journaliste vedette sur la chaîne privée Mega. Il faut réagir.» C’est ce qu’a fait hier la puissante association de consommateurs INKA, en lançant un boycott des produits allemands largement distribués dans le pays, au moment même ou le premier ministre Georges Papandréou essayait, au parlement, de calmer les esprits. «La question des dédommagements allemands n’est pas close, a-t-il souligné, mais ce n’est pas le moment d’en parler.» Avis apparemment partagé par son homologue allemande qui l’a invité le 5 mars à Berlin pour discuter des relations bilatérales des deux pays.

Publicité