Etats-Unis

Laminés, les Démocrates doivent faire leur introspection

Coupé des classes moyennes et rurales, le Parti démocrate a tout perdu. C’est une révolution estime Daniel Warner

La course à la présidence américaine avait fait une première victime de poids: le Parti républicain, en lambeaux, après le succès de Donald Trump, un outsider, à la primaire. Son élection, mardi, dynamite l’autre grand parti, celui des Démocrates dont la défaite est totale: la présidence et le congrès sont désormais aux mains d’un homme qui doit sa victoire à lui seul, un homme d’affaires sans aucune expérience dans le secteur public. Du jamais vu.

C’est une défaite pour Hillary Clinton, mais plus encore pour Barack Obama dont l’héritage pourrait être entièrement détricoté par son successeur. C’est un camouflet enfin pour un parti qui a perdu le contact avec la classe moyenne. «Obama doit être effondré, c’est le rejet complet de sa politique, constate Daniel Warner, politologue américano-suisse. C’est aussi l’explosion du Parti démocrate, une révolution très profonde.»

Au vu des premières analyses des résultats, il apparaît que le Parti démocrate s’est coupé de l’Amérique profonde, celle des électeurs blancs déclassés qui ne se reconnaissent plus dans une formation qui représente les élites intellectuelles et urbaines d’un côté, et les minorités de l’autre. Les syndicats, en baisse, ne jouent plus leur rôle de relais avec la classe ouvrière. «Il n’y a plus de personnalité comme Robert Kennedy qui faisait le lien entre les élites et le peuple», poursuit Daniel Warner qui résume ce vote par une image: «C’est comme si le Blick avait gagné contre la NZZ.»

Guerre interne

Tout comme les Républicains il y a quatre ans, les Démocrates vont devoir faire un travail d’introspection. Les Démocrates, toujours à l’image de la direction du Parti républicain, tablaient sur la démographie, c’est-à-dire la montée des minorités hispanophones et asiatiques aux côtés des Afro-américains, comme facteur-clé des stratégies à construire pour gagner les électeurs de demain. «On assiste à une réaction, pense Daniel Warner. C’est la revanche des électeurs blancs qui restent majoritaires.»

Le Parti démocrate devra également faire le bilan d’une guerre interne qui lui a sans doute été fatale. Nombre de ses électeurs ne se sont pas déplacés – ou pire ont voté pour Trump – après avoir eu le sentiment d’être floués par la direction du parti. Le biais pro-Clinton des instances dirigeantes dénoncé par son adversaire Bernie Sanders (puis confirmé par la révélation d’e-mails internes rendus publics par Wikileaks à la veille de la convention démocrate) ont frustré l’aile gauche du parti.

Autre remise en question, celle des moyens de campagne. Hillary Clinton a bénéficié des ressources du parti pour réaliser un travail de big data – avec une soixantaine d’informaticiens mobilisés – pour cibler au mieux l’électorat. Elle a engagé des fonds importants pour inonder les médias traditionnels de publicité. Cette méthode paraît dépassée au vu du succès d’un Donald Trump qui a de son côté limité les dépenses en s’appuyant sur un réseau social: Twitter. Son charisme et sa renommée médiatique ont fait le reste avec un message simple: rendre sa grandeur à l’Amérique.

Face à cette débâcle, se pose la question du renouvellement des chefs du Parti démocrate, cette campagne ayant été dominée par des personnalités avoisinant les 70 ans (Hillary Clinton, Bernie Sanders, Joe Biden ou encore Tim Kaine qui ne représentait pas non plus la nouvelle génération). «Le problème est que pour l’heure on ne voit personne émerger, constate Daniel Warner. Ni dans le sillage de Bernie Sanders, ni dans celui du mouvement Occupy Wall Street.» Le New York Times écrit qu’«après la défaite d’Hillary Clinton, les libéraux populistes comme Bernie Sanders ou Elisabeth Warren devraient s’imposer comme les nouveaux porte-paroles du parti».

Hillary Clinton, qui a nettement été devancée en terme de grands électeurs mais qui a gagné le vote populaire en pourcentage de voix, a tardé à concéder publiquement une défaite à laquelle elle ne s’était pas préparée à l’image de son parti. Mais comme Barack Obama, elle a souhaité plein succès à Donald Trump, seul grand vainqueur avec ses électeurs d’un scrutin historique.

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