«L'OTAN est en train d'analyser le terrain favorable à une intervention terrestre au Kosovo. Il existe au moins 14 axes d'entrée, à partir de la Macédoine et de l'Albanie. Citons-en quatre, d'abord, qui partent de Macédoine. Le premier, et le principal, part de Skopje vers Pristina en passant par Kacanik et Urosevac; le deuxième, de Skopje vers Pristina en passant par Kumanovo, mais il n'est pas le plus indiqué; le troisième, très petit, de Tetovo vers Urocevac; le quatrième, de Tetovo vers Prizren. Citons, ensuite, deux axes à partir de l'Albanie. Le premier va de Kukes à Prizren; le deuxième rejoint Djakovica; le troisième relie Bajram Curri à Djakovica. Aucun des axes susmentionnés ne peut créer la surprise. Il s'agit de pouvoir y faire passer des chars.

» La voie principale Skopje-Kacanik-Urosevac-Pristina est minée. Les Serbes y ont sûrement installé des positions retranchées antichars et de DCA. C'est une défense statique, en profondeur, qui a pour but d'user l'adversaire au fur et à mesure de sa progression. Cette conception fait penser à celle adoptée par la Suisse en 1966. Sachant cela, l'OTAN devrait d'abord engager les avions B1-B américains contre les positions serbes situées le long de l'axe. Les B1-B larguent des tapis de bombes. Ensuite, avec des hélicoptères d'attaque Apache, détruire ce qui peut l'être encore en prenant les Serbes à revers. Enfin seulement, faire rouler les chars de déminage pour ouvrir la route au reste de la colonne. L'OTAN pourrait atteindre Pristina dans un délai de un à trois jours.

» La façon dont l'Alliance procède en Yougoslavie fait penser à la théorie Schelling, du nom d'un conseiller du président américain Johnson, durant la guerre du Vietnam: elle engage ses forces par paliers.»

Propos recueillis par Antoine Menusier