«Je ne sais comment interpréter les «révélations» du journal The Observer qui annonce l'envoi de 80 000 hommes au Kosovo d'ici fin mai. Le chiffre me paraît tout à fait plausible, mais le délai m'étonne: à cette date, il n'y aura plus personne ni plus rien à sauver au Kosovo. A-t-on laissé sortir cette «information» pour que Milosevic prenne peur? C'est possible. Et tout cas, plus le temps passe, plus les problèmes risquent de s'accumuler.

»Non, c'est maintenant qu'il faudrait lancer une intervention terrestre. Même si les difficultés sont déjà nombreuses (terrain miné, forces adverses enterrées, etc.), l'OTAN n'a pas besoin de davantage que ces 80 000 hommes. Pour autant, bien sûr, qu'elle s'en tienne au Kosovo et ne s'aventure pas dans le reste de la Serbie. Au-delà de la poursuite de l'exode des Albanais et des destructions provoquées par les bombardements, l'un des risques majeurs liés à l'attente actuelle est l'aggravation de la situation en Macédoine. Là, le problème devient de plus en plus complexe. Pour lancer une attaque, l'OTAN a besoin de ce territoire, notamment de ses aéroports. Or on voit de moins en moins bien comment une opération militaire se déroulerait de ce côté à mesure que se multiplient les signes de déstabilisation dans le pays. Je m'interroge également sur les demandes qui semblent être faites à la Bulgarie. Si ce pays se range du côté de l'OTAN, on se mettra dans une situation qui fait dangereusement penser aux précédentes guerres balkaniques…»

Propos recueillis par Luis Lema