Afrique du Sud

L’ANC tente de faire démissionner le président Jacob Zuma

Alors que Jacob Zuma refuse de démissionner, le parti au pouvoir en Afrique du Sud a décidé mardi de le «rappeler» de son poste de chef de l’Etat. Il n’est pas obligé d’accepter cette décision

Le Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir en Afrique du Sud, a décidé mardi 13 février de «rappeler» le président Jacob Zuma, qui a plongé le pays dans une grave crise politique en refusant obstinément de démissionner, ont annoncé des médias locaux. Cette décision a été prise à l’issue d’une réunion-marathon à huis clos de treize heures de la direction du parti dans un hôtel de Pretoria, ont indiqué ces médias en citant des sources non identifiées. «Cela a pris treize longues heures, mais le Comité national exécutif (NEC) de l’ANC a décidé de rappeler Jacob Zuma de son poste de chef de l’Etat», a écrit le site d’information The Times.

Un ultimatum de 48 heures

L’ANC a donné 48 heures au président pour démissionner, a précisé le groupe audiovisuel public SABC. Il va lui adresser une lettre lui ordonnant de céder le pouvoir, après avoir rejeté la demande de Jacob Zuma de conserver son poste encore quelques mois, ont rapporté d’autres médias. Ces informations n’ont pas encore été confirmées officiellement par le parti, qui a annoncé la tenue d’une conférence de presse mardi à 12h (11h en Suisse) à son quartier général à Johannesburg. Jacob Zuma, lui, n’a pas encore réagi.

La direction de l’ANC a le pouvoir de «rappeler» tous ses membres délégués à une fonction gouvernementale, comme elle l’avait fait en 2008 pour le président Thabo Mbeki, qui avait obtempéré et accepté de démissionner. Mais le chef de l’Etat n’est toutefois pas obligé d’accepter cette décision. Dans ce cas, l’ANC peut alors décider de présenter devant le parlement une motion de défiance. Ce texte peut être adopté à la majorité absolue des 400 députés et contraindrait Jacob Zuma à partir.

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Elu en décembre, le nouveau chef de l’ANC, Cyril Ramaphosa, essaie vainement depuis plusieurs semaines d’obtenir le départ anticipé du président, dont le deuxième mandat s’achève normalement à l’issue des élections générales prévues en 2019. Mais Jacob Zuma, empêtré dans de nombreux scandales de corruption, a jusque-là toujours refusé de se plier aux exigences de son parti. Selon plusieurs médias locaux, Cyril Ramaphosa a une nouvelle fois rencontré Jacob Zuma lundi soir pour lui demander de se démettre dans les quarante-huit heures. Mais il s’est heurté une nouvelle fois à une fin de non-recevoir.

Tourner la page

La résistance du chef de l’Etat a plongé le pays dans une grave crise politique, qui s’est notamment manifestée par le report, la semaine dernière, du discours présidentiel annuel sur l’état de la nation, une première dans l’histoire de l’Afriqe du Sud démocratique. «Nous savons que vous voulez tourner la page», a concédé dimanche Cyril Ramaphosa devant des milliers de partisans de l’ANC réunis pour les 100 ans de la naissance de Nelson Mandela, le père de la nation «arc-en-ciel». «C’est le souhait de notre peuple de finaliser tout ça et c’est précisément ce que le NEC va faire», avait promis celui qui succéderait à Jacob Zuma en cas de démission du président.

Impatiente, l’opposition, qui demande depuis des années le départ de l’actuel président, est allée plus loin en exigeant lundi la dissolution du parlement et la tenue d’élections anticipées. «Il est important que le parlement soit dissous et que nous repartions de zéro», a déclaré Kenneth Meshoe, chef du Parti démocratique chrétien africain (ACDP). «Parce que s’il est remplacé par son vice-président Cyril Ramaphosa, le même groupe de personnes qui défendent et protègent la corruption seront au pouvoir», a-t-il justifié. L’opposition a aussi réclamé que soit avancée une motion de défiance, inscrite à l’ordre du jour du parlement le 22 février.

Un expert: «Ils sont animés par leur seul instinct de survie»

«La pression est telle que la direction de l’ANC se doit de prendre une décision», a estimé l’analyste Somadoda Fikeni à la chaîne d’information eNCA. «Si elle ne le fait pas, elle va céder l’initiative à ses alliés, à certaines fractions de l’ANC, à l’opposition et à la société civile, qui seront créditées d’avoir poussé le président vers la sortie.» Le patron de l’ANC a lui-même reconnu dimanche que son parti traversait une période de «désunion et de discorde».

Même si la fin de son règne semblait proche, le président Zuma reste soutenu par un carré de fidèles. «Ils ont atteint le pic de leur carrière politique, certains sont visés par des plaintes […], ils sont animés par leur seul instinct de survie», a résumé Somadoda Fikeni.

L’autorité du président Zuma a commencé à vaciller depuis l’élection en décembre de Cyril Ramaphosa qui lui a succédé à la tête de l’ANC, au pouvoir en Afrique du Sud depuis l’avènement de la démocratie en 1994. Pour l’actuel vice-président, la mise à l’écart de Jacob Zuma est la condition incontournable pour redorer le blason du parti avant les élections générales de 2019. Le blocage actuel a déjà commencé à ternir la réputation de Cyril Ramaphosa, dont l’autorité est mise en cause. «Zuma détient toujours le pouvoir», a égratigné lundi le chef de l’opposition, Mmusi Maimane. «Le fait qu’il [Ramaphosa] veuille toujours négocier une amnistie avec Zuma montre qu’il existe un appétit pour la corruption au sein de l’ANC», a-t-il déploré dans un entretien à l’AFP.

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