Immédiatement après sa libération, portant un costume sombre, une chemise blanche et une écharpe aux couleurs du drapeau irakien autour du cou, Mountazer al-Zaïdi s’est rendu à la chaîne de télévision al-Baghdadia qui l’employait fin 2008. Il a été accueilli par ses anciens collègues et une petite fanfare alors que plusieurs moutons ont été égorgés, pour marquer l’événement. Il devait donner une conférence de presse dans les studios de la chaîne.

Accueil chaleureux

«Je n’ai pas dormi de la nuit. Je suis très heureux qu’il soit de nouveau avec nous. Je n’y croyais plus», a affirmé à l’AFP un de ses collègues Bassem al-Anbari. «Quand j’ai été arrêté par les soldats américains en 2005, il m’a soutenu et défendu», a-t-il ajouté. «Il est devenu encore plus grand pour nous après ce qui s’est passé. Il nous est très cher. Que Dieu le rende heureux», a lancé une autre de ses collègues, Assal Imad.

A l’annonce de la nouvelle, les soeurs du journaliste, présentes dans son petit appartement de deux pièces dans le centre de Bagdad, ont lancé des youyous de joie, et se sont mises à danser et taper dans leurs mains, selon un journaliste de l’AFP présent.

Son avocat s’est félicité de la libération et a rendu hommage à l’indépendance de la justice irakienne. «Cette décision prouve que la justice est honnête, indépendante et qu’elle n’est soumise à aucune pression intérieure ou extérieure», a précisé Dia al-Saadi.

Torturé

Mountazer al-Zaïdi devait être libéré lundi, selon sa famille, mais l’élargissement avait été reporté pour des raisons administratives. Selon sa famille, dans les prochains jours «Mountazer fera un voyage à l’étranger, en particulier dans les pays arabes, pour remercier toutes les personnes qui l’ont soutenu».

Le journalliste réclame des maintenant des excuses au Premier ministre irakien: « Au moment où Nouri al-Maliki affirmait sur les chaînes de télévision qu’il ne dormait pas tant qu’il ne serait pas rassuré sur mon sort (...), j’étais torturé de la pire des manières, frappé à coups de câbles électriques et de barres de fer», a dit le journaliste. «On m’a abandonné attaché dans un endroit qui n’était pas à l’abri du froid», a-t-il ajouté, assurant que ses geôliers avaient simulé des noyades, une technique employée par la CIA américaine sur des suspects après les attentats du 11-Septembre. «Je demande au (Premier ministre Nouri al-Maliki) de s’excuser pour avoir caché la vérité», a-t-il insisté.

Sans écarter totalement qu’il reprendrait son ancien travail de journaliste à la chaîne irakienne, il a affirmé qu’il souhaitait aider les veuves et les orphelins, victimes de la guerre en Irak. «Je vais me concentrer sur le travail humanitaire et je m’occuperai des veuves et des orphelins», a-t-il insisté.

Un geste diversement apprécié

Le journaliste avait lancé ses chaussures, pointure 43, à la tête de Bush, qui les avaient évitées de justesse, en criant: «C’est le baiser d’adieu, espèce de chien». Condamné en première instance à trois ans de prison pour «agression contre un chef d’Etat en visite officielle», sa peine avait été réduite en appel à un an. Il a été libéré au bout de neuf mois pour bonne conduite.

Depuis son geste, diffusé par les télévisions du monde entier, Mountazer al-Zaïdi est célébré dans les pays arabes et au-delà comme un héros qui s’est opposé aux Etats-Unis, et de nombreuses manifestations ont été organisées de Rabat au Caire en passant par Gaza et Londres lors de son jugement.

Mais beaucoup d’Irakiens n’ont pas apprécié le geste du journaliste, contraire aux traditions d’accueil du pays, même s’il s’agit d’ennemis, dont ils sont très fiers. Dans la culture arabe, jeter ses chaussures à la tête de quelqu’un et le traiter de «chien» est considéré comme une grave insulte.