Abus sexuels

Le lanceur d’alerte Anders Kompass quitte l’ONU

Le directeur des opérations du Haut-commissariat des droits de l’homme, à l’origine des révélations sur les abus sexuels commis par des soldats français, a démissionné

Sa position était devenue intenable. Anders Kompass, le directeur des opérations du Haut-commissariat aux droits de l’homme de l’ONU, basé à Genève, a démissionné. Le diplomate suédois était à l’origine des révélations sur des abus sexuels commis par des soldats français en Centrafrique. En été 2014, il avait transmis un rapport confidentiel aux autorités françaises pour qu’elles engagent des poursuites contre les responsables présumés.

Anders Kompass a annoncé son départ à l’agence d’information sur l’actualité humanitaire IRIN. Il dénonce «l’impunité totale de ceux qui ont abusé de leur autorité». «L’absence de regrets de la hiérarchie» pour le traitement subi fait qu’il lui est «impossible de continuer à travailler» au Haut-commissariat des droits de l’homme.

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En avril 2015, il avait été suspendu de ses fonctions, accusé de n’avoir pas protégé l’anonymat des victimes présumées et des témoins. Un tribunal de l’ONU avait ordonné sa réintégration le mois suivant. Il avait enfin été blanchi en décembre de la même année par un panel indépendant mandaté par le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon pour faire la lumière sur la gestion de cette affaire.

«De bureau en bureau»

Les experts n’étaient pas tendres. Les responsables de l’Unicef à Bangui et ceux du Haut-commissariat des droits de l’homme n’ont pas transmis ces accusations à leurs supérieurs et ils ont tardé à protéger et à aider les enfants. «Les informations sur ces accusations sont passées de bureau en bureau», estimaient-ils.

«Personne n’a voulu prendre la responsabilité de traiter ces graves violations des droits de l’homme» jusqu’à ce qu’elles parviennent au directeur des opérations à Genève. La Centrafrique est alors pleine guerre civile. De l’avis général, l’intervention militaire française, a permis d’éviter un encore plus grand bain de sang.

Le Haut-commissaire aux droits de l’homme, le Jordanien Zeid Ra’ad Al-Hussein, n’a jamais pardonné à Anders Kompass, le numéro trois de l’organisation, de ne pas l’avoir informé de cette affaire. «Il a fait les choses justes mais de la mauvaise manière», a-t-il asséné l’an dernier, interrogé par le New York Times.

De retour en Suède?

«La démission d’Anders Kompass est intervenue il y a plusieurs semaines», confirme Rupert Colville, le porte-parole du Haut-commissariat. Il sera libéré de ses obligations à la fin du mois d’août mais son départ effectif devrait intervenir courant juin. Il se murmure qu’il a retrouvé de l’embauche au Ministères des Affaires étrangères suédois. Son pays l’a toujours défendu.

Malgré l’ouverture d’enquêtes par la justice française, aucun soldat n’a encore été condamné. Les enfants, pour certains âgés de huit ans, accusent les militaires de les avoir forcés à des fellations contre des biscuits. Des soldats d’autres nationalités étaient aussi accusés de sévices sexuels. Bien d’autres accusations ont depuis été proférées contre le contingent français ainsi que des Casques bleus en Centrafrique.

Malgré la politique de tolérance zéro proclamée par l’ONU, les condamnations sont très rares. Il appartient en effet aux Etats de juger leurs ressortissants. Selon l’ONU, 44 cas d’abus sexuels commis par des soldats de maintien de la paix ont été recensés depuis le début de l’année, dont plus de la moitié en Centrafrique.

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