Après deux ans et demi de réclusion, l'ancien dirigeant d'extrême gauche Adriano Sofri est sorti de prison mardi après-midi, à la suite d'un nouveau rebondissement dans un feuilleton judiciaire qui dure depuis onze ans. La Cour d'appel de Venise vient en effet d'accepter la révision du procès à l'issue duquel le fondateur de Lotta Continua (LC) et ses deux compagnons Ovidio Bompressi et Giorgio Pietrostefani avaient été condamnés à une peine de 22 ans de réclusion pour le meurtre, un quart de siècle plus tôt, du commissaire de police Luigi Calabresi. Soupçonné d'avoir provoqué la mort en décembre 1969 de l'anarchiste Giuseppe Pinelli, celui-ci avait été abattu devant son domicile, le 17 mai 1972, après une violente campagne menée par la gauche extra-parlementaire et en particulier par Lotta Continua, l'un des principaux mouvements contestataires nés à la fin des années 60.

Pendant plusieurs années, les enquêtes sur l'homicide Calabresi piétinent. Ce n'est qu'en 1988 que l'affaire prend un tour nouveau. L'un des anciens membres de LC, Leonardo Marino, se met à accuser ses ex-compagnons. Etrangement pris de remords, il révèle ainsi qu'il a matériellement participé à l'exécution de Calabresi en conduisant sur le lieu du crime Ovidio Bompressi. Giorgio Pietrostefani et Adriano Sofri auraient quant à eux commandité l'assassinat. Deux ans plus tard, et malgré d'évidentes contradictions dans le récit de Marino, une première sentence, émise par le Tribunal de Milan, condamne les trois hommes à 22 ans de prison. Le «repenti» Marino n'écope quant à lui que de onze ans de réclusion.

«Arbitraire évident»

Mais à deux reprises, en 1993 et 1994, deux verdicts de la Cour d'appel annulent les condamnations. Jusqu'en 1995, où la toute première décision judiciaire est cette fois confirmée. Sauf pour Marino, qui bénéficie de circonstances atténuantes et sort libre du procès. En janvier 1997, malgré plusieurs recours, Adriano Sofri et ses deux compagnons, qui ont entre-temps abandonné la lutte politique, sont incarcérés à Pise. S'ouvre alors une énième campagne pour obtenir la révision de leur procès.

Le procureur général de la Cour de cassation de Milan estime lui-même que l'acte d'accusation fait preuve d'un «arbitraire évident» et se base sur des «hypothèses nébuleuses». Le magistrat souligne notamment que les accusations du repenti Leonardo Marino, seize ans après les faits, sont peu crédibles. Plusieurs intellectuels, dont Carlo Guinzburg et Pierre Vidal-Naquet, se mobilisent pour dénoncer un procès politique et une nouvelle «Affaire Dreyfus».

De nouveaux éléments apparaissent. En particulier les déclarations d'un témoin oculaire du meurtre, qui affirme avoir vu personnellement le visage de l'assassin. De son côté, un policier municipal jure avoir vu Bompressi à Massa Carrare, en Ligurie, le matin du meurtre. De nouvelles expertises balistiques sont également fournies. Toutes ces pièces du dossier seront examinées lors du nouveau procès Sofri, qui devrait débuter en octobre prochain. En attendant ce nouvel acte, les trois hommes ont été mardi assignés à résidence.