Décès

L'ancien président égyptien Mohamed Morsi a été enterré

L'ancien président égyptien issu des Frères musulmans Mohamed Morsi est mort lundi après une audition au tribunal au Caire. Il a été inhumé ce mardi

L'ancien président égyptien Mohamed Morsi a été enterré mardi à Medinat Nasr, un quartier de l'est du Caire, a déclaré l'un de ses avocats à l'agence de presse AFP. Il est mort lundi «d'un arrêt cardiaque», selon la télévision d'Etat, après une audition au tribunal du Caire.

«Il a été enterré à Medinat Nasr, dans l'est du Caire, en présence de sa famille. La prière funèbre a été faite à l'hôpital de la prison de Tora» où il avait été déclaré mort lundi, a indiqué l'avocat, Abdelmoneim Abdel Maksoud. Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, avait été destitué par l'armée en 2013 et il était en détention depuis.

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Hommages de la Turquie et du Qatar

Après l'annonce de la mort de M. Morsi, la télévision égyptienne, soutien du régime actuel, a diffusé en boucle des images de violences et d'attentats, accusant les Frères musulmans de «terrorisme» et de «mensonge». Les campagnes médiatiques contre la confrérie, et contre la Turquie et le Qatar qui la soutiennent, sont récurrentes en Egypte.

Ces deux pays ont d'ailleurs fait part de leurs condoléances. Le chef de l'Etat turc Recep Tayyip Erdogan, allié de l'ancien président islamiste, lui a rapidement rendu hommage en le qualifiant de «martyr». L'émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, a lui exprimé «sa profonde tristesse».

«La roue de secours» 

Ingénieur de 67 ans, Mohamed Morsi fut le premier civil élu démocratiquement à la tête de l'Egypte, en 2012. Issu d'une famille d'agriculteurs, il s'était affiché lors de la présidentielle de 2012 comme le garant des idéaux démocratiques de la révolte de 2011 déclenchée par la jeunesse libérale et laïque, mais à laquelle les Frères s'étaient ralliés, par opportunisme selon leurs détracteurs. Mais, confronté à des manifestations de masse, il avait été démis de ses fonctions par des militaires en juillet 2013.

Il avait été surnommé «la roue de secours», remplaçant de dernière minute du premier choix des Frères musulmans, l'homme d'affaires Khairat al-Chater, inéligible, mais avait remporté le scrutin, de justesse, face à un cacique du régime de Hosni Moubarak. Les manières simples et l'air affable de Mohamed Morsi, marié et père de cinq enfants, avaient contribué à un certain état de grâce durant ses premiers mois de présidence. Puis il s'est rapidement attiré les foudres d'une grande partie de la population qui l'accusait d'être une «marionnette» aux mains des Frères en les aidant à accaparer tous les pouvoirs, tout en étant incapable de rétablir la sécurité ou de relancer une économie à genoux.

Dans un pays sous la férule de l'armée depuis des décennies, les pro-Morsi soulignent qu'il a tenté d'évincer les militaires des principaux rouages de l'Etat, ce qui a causé sa perte. «Il était perçu comme la marionnette des Frères, dont il a placé des éléments à des postes-clés de l'administration, ce qui a irrité la bureaucratie au sommet et la population», estime Moustapha Kamel al-Sayyid, politologue.

Les crises se sont succédé, et un an après son élection, le 30 juin 2013, des millions d'Egyptiens sont descendus dans la rue pour réclamer son départ. Son tombeur, l'ex-chef de l'armée, le général Abdel Fattah al-Sissi, a invoqué ce mouvement pour justifier la destitution de Mohamed Morsi trois jours plus tard et lancer une sanglante répression contre ses partisans.Les Frères musulmans, dont des milliers de membres ont été emprisonnés, ont été les premiers ciblés.

Victime d'un «coup d'Etat» militaire

Policiers et soldats ont tué plus de 1400 manifestants pro-Morsi en quelques mois. Des centaines ont été condamnés à mort, dans des procès de masse expéditifs, qualifiés par l'ONU de «sans précédent dans l'Histoire récente» du monde. Elu député «indépendant» de 2000 à 2005, ce technocrate a gravi les échelons des Frères musulmans sans se faire particulièrement remarquer.

Emprisonné en 2006 pendant sept mois, il est brièvement incarcéré durant le soulèvement contre Hosni Moubarak en 2011. Après la révolte, il prend la tête du parti de la Liberté et de la Justice, vitrine politique des Frères. Le leader islamiste était emprisonné depuis sa destitution. Il avait été jugé par la suite dans plusieurs affaires dont un dossier d'espionnage pour l'Iran, le Qatar et des groupes militants comme le Hamas à Gaza. Il a également été accusé de fomenter des actes de terrorisme.

Les forces de l'ordre visées

Les années qui ont suivi le coup de force de l'armée en Egypte ont vu une succession d'attaques visant les forces de l'ordre. Des centaines de policiers et militaires ont été tués et une véritable insurrection djihadiste localisée dans le nord-Sinaï, devenu un bastion du groupe Etat islamique, s'est manifestée. Ses détracteurs retiennent ses discours interminables souvent inintelligibles et ses maladresses et gaffes protocolaires lors des rencontres avec des chefs d'Etat.

Depuis sa destitution par l'armée dirigée alors par Abdel Fattah al-Sissi, élu ensuite président, Mohammed Morsi a été condamné à un total de 45 ans de prison dans deux affaires - incitation à la violence contre des manifestants fin 2012 et espionnage au profit du Qatar. Il était par ailleurs jugé dans deux autres procès après l'annulation de deux verdicts prononcés contre lui - une condamnation à mort et une réclusion à perpétuité.

Au cours de ses procès, il apparaît dans le box des accusés derrière des parois en verre insonorisées pour empêcher ses diatribes: il ne cesse, prenant un air martial un peu forcé, de se présenter comme le président victime d'un «coup d'Etat» militaire.

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