L’ex-dirigeant malien Ibrahim Boubacar Keïta, surnommé de ses initiales «IBK», est décédé à 76 ans à son domicile à Bamako, ont affirmé à l’AFP des membres de sa famille, sans préciser la cause de son décès.

La communauté internationale, notamment l’ex-puissance coloniale française, s’était largement appuyée sur IBK dans la lutte contre les djihadistes. Au pouvoir depuis 2013, il avait été arrêté en août 2020 par des militaires mutinés qui l’avaient contraint à démissionner.

Quand IBK quitte le pouvoir, il est très critiqué pour l’incapacité de l’Etat à ramener la paix dans un pays dont la majeure partie est privée de services publics ou d’école et où la classe politique est considérée comme largement corrompue. Son départ marque l’aboutissement d’une crise déclenchée en juin 2020, marquée des semaines de manifestations populaires entreprises par une coalition hétéroclite de chefs religieux, d’hommes politiques et de membres de la société civile.

Attaques djihadistes et des violences intercommunautaires

Cette coalition, le «Mouvement du 5-Juin» (M5-RFP), exprime alors l’exaspération nourrie par les milliers de victimes des attaques djihadistes et des violences intercommunautaires des années précédentes. «Je ne souhaite qu’aucun sang ne soit versé pour mon maintien aux affaires», avait-il déclaré à la télévision publique dans un ultime discours nocturne annonçant sa démission forcée.

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Sa présidence aura également été marquée par les critiques visant son fils Karim, omniprésent dans le monde politique et des affaires et dont la réputation d’affairiste et de noceur personnalisera aux yeux de nombreux Maliens les travers d’un régime contesté.

Cible des manifestants anti-IBK, Karim Keïta avait fini par démissionner, un mois avant le putsch qui allait renverser son père, de la présidence de la puissante Commission de la Défense et de la Sécurité de l’Assemblée nationale.

Une ascension fulgurante

Natif de Koutiala, dans le sud du Mali, IBK avait gardé de sa fréquentation de prestigieux établissements français dans sa jeunesse non seulement un phrasé châtié, mais aussi une conception centralisatrice du pouvoir. «Il est pour un pouvoir fort, centralisé, c’est sûr», affirmait un ancien compagnon de route.

Ibrahim Boubacar Keïta a connu une ascension fulgurante sous la présidence d’Alpha Oumar Konaré, premier chef de l’Etat (1992-2002) de l’ère démocratique du Mali.

Premier ministre de 1994 à 2000, M. Keïta, qui se réclame de la gauche, mate alors sans états d’âme une crise scolaire et des grèves qui paralysent le Mali, et ferraille contre l’opposition. De cette période, il gardera une image de fermeté.

Il se présente à l’élection présidentielle de 2002 mais n’arrive qu’en troisième position. Amadou Toumani Touré, dit «ATT», un militaire en retraite, l’emporte au second tour puis se fait réélire dès le premier tour en 2007, devant «IBK». ATT est renversé en 2012, déjà par un putsch censé enrayer la déroute de l’armée face aux rebelles indépendantistes et djihadistes dans le Nord.

A l’élection présidentielle de 2013, après l’intervention internationale lancée à l’initiative de la France contre les djihadistes, Ibrahim Boubacar Keïta, considéré comme un recours, tient sa revanche en accédant au palais de Koulouba, le siège de la présidence malienne.

Il sera réélu en 2018 face à Soumaïla Cissé, leader de l’opposition, décédé en décembre 2020 du Covid-19. Le putsch d’août 2020 a été suivi d’un deuxième en mai 2021. La junte conduite par le colonel Assimi Goïta a annoncé son intention de diriger le pays pendant plusieurs années, alors qu’elle s’était engagée auparavant à organiser le 27 février des élections présidentielle et législatives afin de permettre le retour des civils au pouvoir.

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