L'ancien président mexicain Enrique Peña Nieto est à son tour touché par le scandale Odebrecht. Objet d'enquête dans plusieurs pays d'Amérique latine, l'entreprise brésilienne a reconnu avoir versé des pots-de-vin à de nombreux dirigeants politiques latino-américains contre l'obtention de marchés publics.

Arrêté en Espagne en février, été extradé le 17 juillet, l'ancien dirigeant de la compagnie pétrolière publique Pemex, Emilio Lozoyo, qui était directeur des affaires internationales dans le cadre de la campagne de l'ancien président mexicain Enrique Peña Nieto après avoir été durant trois ans conseiller d'Odebrecht au Mexique, a affirmé que des pots-de-vin versés par le géant brésilien du bâtiment ont servi à financer la campagne électorale de 2012 de l'ancien chef de l'Etat.

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Emilio Lozoya, qui a le statut de «témoin collaborateur» dans le cadre de l'enquête sur ce scandale de corruption, «affirme qu'il y a eu une série de pots-de-vin d'un montant de plus de 100 millions de pesos mexicains (3,75 millions d'euros), lesquels ont été essentiellement utilisés pour la campagne présidentielle de 2012», a indiqué à la presse le procureur général Alejandro Gertz. «Tout cet argent (...) venait d'Odebrecht», a ajouté le procureur.

Le coordinateur de campagne impliqué

Emilio Lozoya affirme que l'ancien président Enrique Peña Nieto (2012-2018) et Luis Videgaray, son coordinateur de campagne, «sont ceux qui ont demandé à ce que cet argent soit remis à plusieurs conseillers électoraux étrangers», selon le procureur. L'ancien dirigeant de Pemex accuse également les deux hommes d'avoir acheté «des voix dans le cadre des réformes structurelles de 2013 et 2014», notamment celle concernant le secteur de l'énergie qui a permis son ouverture aux capitaux privés après 75 ans de monopole d'Etat.

Âgé de 45 ans, l'ancien dirigeant de Pemex a cité quatre témoins et «a fourni des reçus et une vidéo» pour appuyer ses accusations, a indiqué Alejandro Gertz. Le bureau du procureur général «a ouvert le dossier d'enquête correspondant et nous allons entamer toutes les procédures», a annoncé le procureur.

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Selon l'accusation, il a tenté «de cacher divers mouvements et comptes bancaires, en particulier lorsqu'il dirigeait» la campagne présidentielle. Arrêté en Espagne en février, il a été extradé le 17 juillet.

Démission en 2016 de Pemex

Emilio Lozoya doit également être jugé pour avoir autorisé, lorsqu'il était directeur de Pemex, l'achat d'une usine d'engrais pour 485 millions de dollars (414 millions d'euros), un coût jugé excessif compte tenu du mauvais état des installations qui n'avaient pas été utilisées pendant 14 ans.

Il est accusé d'avoir reçu un paiement de 3 millions de dollars (2,55 millions de francs) des propriétaires de l'usine avant la vente, une somme qu'il aurait utilisée pour s'acheter une luxueuse villa à Mexico. Emilio Lozoya avait démissionné en 2016 de Pemex, la plus grande entreprise publique du Mexique, sujette à de graves problèmes financiers.