L’ex-président du Parlement européen Martin Schulz s’est lancé mardi soir au nom des sociaux-démocrates dans la course à la chancellerie allemande pour relever le difficile défi de détrôner Angela Merkel.

La candidature de Martin Schulz, qui a fait jusqu’ici toute sa carrière politique à Bruxelles, a été avancée par le SPD après le retrait surprise de celui qui faisait figure de favori pour la campagne électorale: Sigmar Gabriel.

L’actuel président du mouvement a finalement jeté l’éponge en raison de son impopularité dans l’opinion, à l’origine d’une érosion continue des sociaux-démocrates dans les intentions de vote à huit mois des élections législatives du 24 septembre.

Avec 20% d’intentions de vote, le SPD accuse à l’heure actuelle 15 points de retard par rapport au parti conservateur de la chancelière, la CDU. Les sociaux-démocrates se voient même talonnés par le parti anti-immigration Alternative pour l’Allemagne (AfD), attirant jusqu’à 15% des votants.

Martin Schulz, qui jusqu’au début de cette année et pendant cinq ans fut à la tête du Parlement européen «est un meilleur candidat et a de meilleures chances» de remporter le scrutin, à l’issue duquel le chancelier ou la chancelière doit être désigné par les députés allemands, a souligné Sigmar Gabriel à Berlin.

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Le nom de Martin Schulz a été choisi «de manière unanime» par les responsables du parti, a-t-il dit. Il doit encore être entériné dimanche par son comité directeur.

Sigmar Gabriel, qui détient actuellement le portefeuille de l’Economie dans le gouvernement de coalition d’Angela Merkel, pourra se consoler en reprenant en février, au moins jusqu’aux élections, le portefeuille des Affaires étrangères, qu’un autre social-démocrate, Frank-Walter Steinmeier, doit laisser vacant pour devenir président, un poste surtout honorifique. Il a remercié le SPD «pour avoir décidé que je devrais succéder à Frank-Walter Steinmeier», la conduite de la diplomatie allemande revenant à ce parti dans les accords de la coalition.

Martin Schulz a quant à lui dit «accepter avec énormément d’honneur» et de «fierté» la proposition. Il doit aussi remplacer en mars Sigmar Gabriel comme président du parti.

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Une popularité égale à celle d’Angela Merkel

Resté jusqu’à présent loin des joutes politiques allemandes, Martin Schulz, qui a quitté son poste européen mi-janvier après cinq ans à la présidence du Parlement, jouit dans son pays d’une popularité comparable à celle de la chancelière.

En décembre, Martin Schulz recueillait 57% d’opinions favorables, autant que sa rivale, même si le parti conservateur d’Angela Merkel est loin devant le SPD dans les intentions de vote.

Après avoir été choisi par son parti pour mener la campagne en vue des législatives de septembre, il s’est posé en garant du «modèle social-démocrate allemand» dans une «période très difficile».

Il s’était déjà engagé pour la Rhénanie-du-Nord-Westphalie

Toujours en verve pour défendre l’Union européenne, réputé pour son franc-parler, cette figure honnie des droites radicales avait annoncé fin novembre vouloir mener la liste du Parti social-démocrate (SPD) en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, région industrielle et la plus peuplée d’Allemagne, pour les élections de septembre.

Il sera finalement la figure de proue du parti au niveau national. Ce social-démocrate de toujours, âgé de 61 ans, s’était jusqu’ici consacré au Parlement européen dont il a contribué à accroître l’influence dans les prises de décision.

Pour lui, l’Union européenne est le rempart contre «les démons du XXe siècle» tels la xénophobie, le racisme ou l’antisémitisme. Appelé à réagir après le Brexit en juin dernier, il a ces mots: «Si nous détruisons les instruments avec lesquels nous avons banni nos démons, nous les libérons à nouveau», une référence à l’essor des droites radicales antieuropéennes sur le continent.

Un record à la tête du Parlement européen

Depuis que le Parlement européen est élu au suffrage universel, en 1979, Martin Schulz est le seul à l’avoir présidé pendant une période aussi longue: presque cinq ans. Il en fut membre pendant 22 ans.

Il aurait manifestement aimé encore prolonger ce mandat, mais l’idée faisait grincer des dents la droite de l’hémicycle, majoritaire et qui aspirait à l’alternance. Avenant mais aussi autoritaire, voire brutal, selon ses détracteurs, il avait échoué à devenir président de la Commission européenne en 2014, battu par Jean-Claude Juncker.

Francophile, cet homme quasiment chauve aux yeux bleu clair et à la barbe poivre et sel répugne à la langue de bois. «Il faut parler sans ambages pour que les gens nous comprennent», dit-il.

Il rêvait de football

Né le 20 décembre 1955, Martin Schulz a grandi dans les environs d’Aix-la-Chapelle, à la frontière avec la Belgique et les Pays-Bas. Lycéen dans une institution catholique, ce supporteur du club FC Cologne rêve de devenir footballeur professionnel avant de s’adonner à sa passion pour les livres et devenir libraire à Würselen, dans la banlieue d’Aix-la-Chapelle. Il se consacrera à ce métier de 1982 à 1994.

Mais Martin Schulz est aussi un citoyen engagé dans les rangs du parti social-démocrate, auquel il adhère à 19 ans. A 31 ans en 1987, il est élu maire de Würselen, mandat qu’il exerce pendant 11 ans.

En 2000, il devient chef de file des députés européens du SPD. En 2004, il est porté à la tête du groupe Parti socialiste européen au Parlement européen, qui rassemble notamment les élus allemands, français et italiens.

Sa notoriété doit beaucoup à un échange musclé en 2003 avec le président du Conseil italien de l’époque Silvio Berlusconi, alors que l’Italie présidait l’Union européenne.

Martin Schulz avait alors évoqué «le virus des conflits d’intérêts» en présence de l’homme d’affaires controversé. Berlusconi avait alors répondu qu’il le verrait bien dans le rôle d’un «Kapo», ces prisonniers choisis par les nazis pour encadrer les autres déportés.

Un éditorial en 2014: Martin Schulz et les europhobes