Les Congolais venus illégalement chercher fortune dans les mines de diamants d'Angola sont en train de payer un prix sordide à la reprise en main de ce lucratif secteur d'activité par les autorités de Luanda. Plus de 100 000 d'entre eux, ainsi que leur famille, ont été expulsés vers leur pays d'origine depuis le mois de décembre dans des conditions qualifiées d'«horribles» par Médecins sans frontières (MSF).

Selon les témoignages recueillis par l'ONG – la seule présente sur place – ainsi que par les agences onusiennes qui commencent à se déployer dans la région, ces travailleurs illégaux sont dépouillés de leurs maigres biens dans des conditions d'une extrême violence par la police et les militaires angolais: les hommes sont séparés des femmes, lesquelles sont quasi systématiquement violées. Tous sont soumis à des fouilles dégradantes qui visent à s'assurer qu'ils ne dissimulent pas de diamants ni dans leur anus ni dans leur vagin. Des exécutions sommaires ont été rapportées, ainsi que des tortures d'hommes. Selon le Bureau des affaires humanitaires et l'aide d'urgence de l'ONU (OCHA), ces fouilles «ont conduit à des traumatismes psychologiques et physiques importants», et même dans certains cas à des décès.

Une fois franchie la frontière avec la République démocratique du Congo (RDC), ces expulsés ne sont pas au bout de leurs peines. Ils doivent encore effectuer plusieurs jours de marche avant d'atteindre des localités où espérer une assistance. Et certains succombent en cours de route. Selon Alain Decoux, chef de mission de MSF en RDC, «alors que la plupart des arrivants sont dans un triste état, rien n'est prévu pour les accueillir ni pour leur assurer un retour sécurisé de cette zone extrêmement reculée vers leur lieu d'origine. La plupart d'entre eux sont même nés en Angola et n'ont donc pas de foyer vers lequel se diriger.»

Cinq points de passage ont été identifiés entre les deux pays, par lesquels ont transité la majorité des expulsés. Mais les agences humanitaires s'inquiètent du nombre indéterminé de personnes qui auraient pu se noyer en essayant de traverser la rivière Tungila, réputée dangereuse, pour échapper aux exactions. Plusieurs cas de noyade ont en effet été recensés.

Selon Erna Van Goor, chef de mission de MSF à Luanda, jointe par téléphone, le nombre d'expulsés recensés aux points de passage a certes ralenti depuis quelques jours. Mais aucun signal ferme en provenance des autorités angolaises ne laisse présager un arrêt des violences. «En février, nous avions déjà émis des protestations, mais nous n'avons observé aucune réaction positive de la part du gouvernement», explique la Néerlandaise. Selon ses informations, de vastes rafles sont encore en cours dans le pays. Luanda estime officiellement à environ 290 000 le nombre des personnes qui exploitent illégalement le diamant angolais, dont 90 000 étrangers, en provenance surtout de RDC, mais aussi du Sénégal, de Sierra Leone et du Mali. Pour Luanda, la paix en Angola depuis avril 2002, après vingt-sept ans de guerre civile, est responsable de l'afflux de clandestins qui ont profité de frontières perméables pour venir chercher fortune, avec la complicité de personnes de la région.

Jan Egeland, le patron d'OCHA, n'en a pas moins haussé le ton ces dernières semaines sur fond de mobilisation onusienne. Il a fait remarquer que «si un Etat a un droit légitime à contrôler qui vit ou travaille à l'intérieur de ses frontières, le rapatriement d'immigrants doit se faire sans mettre en cause leur sécurité physique et leur dignité.»