La présidence finlandaise de l'Union européenne au second semestre commence sur les chapeaux de roues. Elle doit gérer le départ, dans des conditions chaotiques, de Martin Bangemann. Le commissaire européen chargé des Télécommunications quittera Bruxelles avant la fin de son mandat pour conseiller… l'opérateur espagnol Telefonica (Le Temps du 2 juillet). Et comme un malheur n'arrive jamais seul, Helsinki vient de s'attirer les foudres de Bonn, qui refuse de participer aux réunions informelles des Quinze où l'interprétation allemande n'est pas assurée.

L'Allemagne a mis sa menace à exécution sans attendre. Elle a décidé de bouder une rencontre informelle des ministres européens de l'Industrie, vendredi et samedi à Oulu dans le golfe de Botnie. Motif: l'interprétation n'y est assurée qu'en anglais, français et finnois.

Helsinki rétorque que l'interprétation se fait traditionnellement dans la langue de Shakespeare et de Molière ainsi que dans celle de la présidence – le finnois jusqu'à la fin de l'année – lors de ces réunions destinées à faire avancer les dossiers difficiles. «Nous nous en tenons à la pratique suivie jusqu'ici, s'étonne Antti Satuli, son ambassadeur à Bruxelles. Si les Allemands ne viennent pas, c'est regrettable mais nous ne changerons pas notre fusil d'épaule.»

L'Allemagne n'en démord pas. Forte de ses 81 millions d'habitants – auxquels viennent s'ajouter 10 millions d'Autrichiens –, elle fait campagne depuis des années pour que la langue de Goethe soit mieux reconnue dans les enceintes européennes. Le chancelier Gerhard Schröder a écrit cette semaine au premier ministre finlandais pour lui faire part de cette revendication. Paavo Lipponen, qui s'est engagé à défendre les petits pays face à la volonté des «grands» d'ériger un directoire, lui a répondu du tac au tac: «Si une (grande) langue reçoit un traitement de faveur, alors d'autres demanderont le même traitement.»