La femme du nouveau président égyptien, Naglaa Ali Mahmoud, 50 ans, lunettes rectangulaires sous d’épais sourcils, sans maquillage ni bijou, n’apparaît jamais sans son voile qu’elle porte serré sur ses oreilles et tombant jusqu’aux genoux, comme un uniforme.

Mariée à son cousin

Elle est aux antipodes de celles qui l’ont précédée, à commencer par Suzanne Moubarak, l’ancienne première dame aux origines britanniques, aux brushings impeccables et aux multiples diplômes. Elle refuse d’ailleurs ce titre honorifique et préfère qu’on l’appelle «la femme du président» ou la «première servante du peuple». Mais le nom qu’elle affectionne par-dessus tout, c’est «Oum Ahmed», la mère d’Ahmed, du nom de son fils aîné.

Naglaa Ali Mahmoud préférerait rester chez elle, parmi les gens ordinaires, plutôt que d’emménager dans le palais présidentiel. Née dans un quartier populaire du Caire, elle se marie en 1979, à l’âge de 17 ans avec son cousin, Mohamed Morsi, de onze ans son aîné. Elle l’accompagne à Los Angeles, où il poursuit ses études d’ingénieur. Au cours de son séjour aux Etats-Unis, elle rejoint les rangs des Frères musulmans et travaille comme traductrice au Centre islamique de Californie. Elle n’ira pas à l’université et se consacrera à la religion et à ses cinq enfants – quatre garçons et une fille. «Pour nous, la famille est une chose extrêmement importante», a-t-elle dit récemment dans une interview à Voice of America. De retour au Caire, elle rejoint un groupe de la confrérie consacré à l’enseignement aux femmes des principes du mariage. En épouse dévouée, elle a accompagné Mohamed Morsi dans ses meetings de campagne. Mais, jusqu’ici, elle passait plutôt inaperçue.

Nouvelle ère

Sa grande discrétion ne lui a pas épargné une avalanche de commentaires sur les réseaux sociaux, depuis que son mari est officiellement devenu président. Pour certains, elle représente une nouvelle ère en Egypte, plus démocratique, plus égalitaire, où la première dame ne vit pas autrement que n’importe quelle autre femme. D’autres ne voient en elle que le signe de l’arrivée du conservatisme islamique à la tête du pays. «Elle est voilée. Cela veut dire que son mari qui va me diriger ne croit pas en ma liberté», écrit une Egyptienne sur le site de microblogging Twitter.

Le journal indépendant El Fagr, cité par le New York Times, se demande comment la femme du nouveau président pourra rencontrer des leaders et parcourir le monde, tout en adhérant aux standards islamiques de modestie. Peu avant l’intronisation de Mohamed Morsi, un site culturel publiait une photo de Naglaa Ali Mahmoud, voilée comme toujours, avec cette question: «Voulez-vous que cette femme représente l’Egypte»?

«Nous sommes plus habitués à voir des reines que des femmes ordinaires aux côtés du dirigeant égyptien. La femme du roi Farouk cultivait déjà l’élégance et le style occidental. Naglaa Ali Mahmoud ne représente pas l’élite. Tout le monde peut la comparer à sa propre mère», souligne Ahmed Mahmoud, journaliste pour Al Ahram Online.

«Je ne ferai pas l’unanimité»

La femme du président symbolise le dilemme des libéraux: à la fois le résultat d’une révolution populaire appelée de leurs vœux et le symbole d’un conservatisme qu’ils rejettent.

L’intéressée n’ignore pas les contradictions qui l’attendent: «Je ne ferai pas l’unanimité, a dit Naglaa Ali Mahmoud au journal du parti des Frères musulmans, Liberté et Justice. Si je commence à jouer un rôle actif, à m’occuper d’associations caritatives, on me comparera à Suzanne Moubarak, et si je reste calfeutrée à la maison, certains diront que Mohamed Morsi cache son épouse car c’est ainsi que pensent les islamistes.»