L’université d’été de la Rochelle a permis à Martine Aubry de montrer qu’elle avait conquis ses galons de patronne du Parti socialiste français, estime l’ensemble des éditorialistes de l’Hexagone, dont les avis sont plus partagés quant à sa légitimité de candidate pour 2012.

Ainsi, selon Libération, «les socialistes et leur première secrétaire en tête, ont fait la démonstration qu’ils étaient de retour», «ils ont brandi le talisman de l’union». Même si, rétorque Le Figaro, «Martine Aubry s’est contentée de slogans faciles, de formules, d’incantations, comme pour mieux cacher que sa politique épousera invariablement les vieilles lunes d’antan». Des «fantasmagories», résume-t-il dans la foulée de l’UMP. Mais «s’il n’a pas, pas encore, de candidat(e), le Parti socialiste a aujourd’hui une vraie patronne» estime Sud-Ouest. En avertissant qu’«à l’aube d’un automne semé d’embûches pour un pouvoir affaibli, le PS aurait […] tort de croire que l’antisarkozysme peut tenir lieu de seul viatique» et qu’il suffit de «mitrailler la façade de la maison Sarkozy», déplore L’Alsace.

Le Courrier picard pense aussi que «Martine Aubry s’est imposée comme patronne». «Elle a assaini le parti, […] dicté sa méthode. Reste à passer du statut de chef du PS à celui de général en chef de l’opposition», ajoute-t-il. Patronne mais pas encore candidate, renchérit L’Est Républicain: «La première secrétaire a tous les atouts […], sauf un. Cette qualité qu’avait – par exemple – Ségolène Royal de surprendre, de faire rêver, de créer une relation personnelle unique avec l’électeur. On rétorquera qu’on a vu le résultat de cette com’-là.» D’autres journaux, au contraire, tel Midi Libre, jugent que «la patronne du PS, hier, a revêtu les habits de la présidentiable. Avec un discours offensif, argumenté, imagé, réaliste, Martine Aubry a esquissé les contours d’un projet présidentiel».

«Elle est apparue comme une vraie candidate pour les socialistes, écrivent aussi Les Dernières Nouvelles d’Alsace. Comme elle a du métier, elle a su faire comprendre à ses camarades concurrents (ou concurrents camarades) qu’elle n’était pas arrivée à la tête du parti simplement par défaut. L’ancienne ministre du Travail n’a pas une âme d’intérimaire.» Bémol: ce spectacle politique est d’«un passionnant ennui»: «Tout y est tellement prévisible avec ses répliques téléphonées, ses indignations programmées, ses tirades épuisées. De congrès de droite en congrès de gauche, […] mêmes images, même film, mêmes brochettes de tontons flingueurs (et tatas flingueuses) sur les prie-Dieu du premier rang. On bâille.»

On bâille, oui, devant ces partisans qui ont occupé le terrain à la place de Dominique Strauss-Kahn, constate Le Monde: «Absent, et pourtant sur toutes les lèvres et de tous les calculs stratégiques, le directeur du FMI […] doit composer avec un calendrier complexe. [Ce] mandat […], assorti d’un devoir de réserve de la vie politique française, court jusqu’à 2012, et s’il veut se présenter à la primaire du PS, il lui faudra démissionner bien avant. Or la campagne interne des socialistes devrait démarrer dès janvier 2011.»

Charente libre loue pour sa part «l’action en profondeur de Martine Aubry» et «son souci de faire passer les idées avant les ambitions personnelles»: elle «se retrouve naturellement en position d’incarner l’alternance au sarkozysme», entre autres à cause de «la prise de conscience des «éléphants» qu’il leur faut mettre leur ego en veilleuse». Ce qu’en Suisse – pour terminer sur une pirouette – l’ex-conseiller fédéral Pascal Couchepin n’a semble-t-il pas compris, dit l’éditorial commun et fâché de 24 Heures et Tribune de Genève: «Plutôt que de faire sien l’adage «servir et disparaître», il prend du plaisir à agiter encore et encore le monde politique suisse. Sauf qu’à force de donner son avis sur tout il finira par épuiser, par énerver.» Sic transit gloria mundi…