En invitant à Camp David, puis à Chicago, les dirigeants du G8 et de l’OTAN en l’espace de quatre jours, Barack Obama joue peut-être sa réélection le 6 novembre prochain. Les deux sommets traitent de questions au cœur de la campagne électorale aux Etats-Unis: l’économie et l’Afghanistan. Bien qu’on l’ait jugé froid envers l’Europe en raison de ses nouvelles priorités stratégiques en Asie et dans le Pacifique, Barack Obama a pourtant rarement eu autant «besoin» des Européens.

Observant les signaux très préoccupants émanant de la zone euro, il a tout fait, samedi à Camp David, pour convaincre la chancelière allemande, Angela Merkel, d’assouplir sa politique d’austérité. En ce sens, l’élection de François Hollande à la tête de l’Etat français, qui entonne le credo de la croissance et de l’emploi, a permis au président américain de se trouver un allié de circonstance. Car du sort de l’économie européenne dépendent en partie les chances de réélection du démocrate. Pour l’heure, l’économie américaine a beau être la plus puissante du monde et en reprise, elle n’en demeure pas moins tributaire des aléas de la mondialisation. L’embellie reste très fragile.

La «convergence» d’intérêts entre les Etats-Unis et l’Europe ne s’arrête pas là. En héritant du lourd dossier afghan, Barack Obama a vite réalisé que transformer l’Etat afghan en vertu de la doctrine des néo-conservateurs américains n’était qu’une chimère. La Maison-Blanche a décidé rapidement d’un retrait des forces combattantes pour 2014. Mais elle se doit de réussir le transfert des compétences de sécurité aux autorités afghanes afin d’éviter un possible retour au pouvoir des talibans (1996-2001), susceptibles de redonner une assise à Al-Qaida. La contribution des Européens est essentielle pour y parvenir.

Or la promesse électorale de François Hollande de retirer les troupes combattantes françaises dès la fin 2012 complique la donne de Washington. En proie à des turbulences financières, les Européens, qui ont déjà réduit sensiblement leur contribution à l’OTAN, voient de moins en moins l’intérêt de financer une aide selon une stratégie américaine qu’ils peinent à comprendre. Pour le président américain, ce qui est en jeu, c’est sa propre doctrine consistant à maintenir une présence légère sur le terrain et à déployer la force militaire de façon brève et à distance, à l’image des drones.

G8 et OTAN, les deux sommets révèlent un paradoxe: bien qu’affaiblie, l’Europe détient l’une des clés de la réélection de Barack Obama. ö Page 4