Les autorités françaises affichent leur détermination après les attentats du 13 novembre. Depuis le début de l’état d’urgence, 1 233 perquisitions et 266 assignations à résidence ont été menées selon les derniers chiffres du Ministère de l’intérieur. Sauf que cette riposte massive ne concernerait pas seulement les personnes en lien avec l’islam radical. Des militants proches des milieux alternatifs et «zadistes» - qui s'opposent à des projets de construction en France - sont également dans le viseur des forces de l’ordre.

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Ces décisions préfectorales interviennent quelques jours avant le début, lundi 30 novembre, de la Conférence sur le climat (COP21) organisée à Paris. Joël Domenjoud, membre du conseil juridique de la Coalition climat, est désormais tenu de pointer trois fois par jour au commissariat. Le collectif, dont il est membre, regroupe 130 organisations de la société civile. «Après avoir interdit les manifestations citoyennes autour de la COP21, voici que le ministre de l’Intérieur assigne à résidence M. Joël Domenjoud, en charge de la "legal team" de la coalition au motif qu’il ferait partie de l’ultra-gauche parisienne qui veut remettre en cause la tenue de la COP», dénonce la Ligue des droits de l’homme dans un communiqué publié le 26 novembre. D’après l’ONG, «le ministre de l’Intérieur perd ses nerfs, confond et assimile le mouvement associatif au terrorisme».

Perquisition chez des maraîchers bio

La loi du 20 novembre sur l’état d’urgence, maintenu pour une période de trois mois, autorise l’assignation à résidence d’une personne lorsqu’il existe «des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace pour la sécurité et l’ordre publics». Le Monde a pu consulter certaines de ces décisions préfectorales. La plupart des assignations à résidence sont effectives jusqu'au 12 décembre, soit au lendemain de la fin de la conférence sur le climat et «visent clairement les éventuels mouvements revendicatifs qui pourraient entourer l’événement», constate le journal du soir.

Mardi 24 novembre, les gendarmes ont fait irruption à 7h20 chez des maraîchers bio, installés en Dordogne. Les propriétaires de la ferme ont exigé des explications, raconte le pure player alternatif Basta Mag. Les forces de l’ordre ont invoqué l’état d’urgence et présenté un document qui indique qu’«il existe des raisons sérieuses de penser» que, chez eux, «peuvent se trouver des personnes, armes ou objets susceptibles d’être liés à des activités à caractère terroriste». Les gendarmes n’ont finalement rien trouvé chez ces habitants qui ont participé, il y a trois ans, à une action contre la construction contestée de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes. Lors de la perquisition, un gendarme leur aurait demandé: «Le G8, les sommets européens, les manifestations pour l’environnement, ça ne vous dit rien?»

«Braver l’état d’urgence»

Le gouvernement redoutait de potentiels débordements lors de la grande Marche pour le climat qui devait se tenir, à Paris, le 29 novembre. Une manifestation annulée après les attentats du 13 novembre. Plusieurs personnalités, dont des intellectuels, ont lancé un appel à «braver l’état d’urgence» pour descendre tout de même dans les rues de Paris. «La mobilisation à l’occasion de la COP21 est un enjeu primordial et nous n’acceptons pas que le gouvernement manipule la peur pour nous interdire de manifester», prévient le collectif.

Dans le même temps, la France a informé le Conseil de l'Europe «de sa décision de déroger à la Convention européenne des droits de l'homme». Une dérogation possible en «cas de guerre ou d'autre danger public menaçant la vie de la nation».