Le terme convient décidément bien mal. Pour organiser la future primaire de la gauche des 22 et 29 janvier, le Parti socialiste avait décidé, en juillet, de mettre sur pied cette «Belle alliance populaire» qui se réunit ce samedi à Paris. L’idée était alors simple: rassembler au maximum la gauche «de gouvernement», pour permettre à François Hollande d’appuyer sa candidature à un second mandat élyséen sur un socle solide.

Raté. Depuis le discours de renoncement prononcé jeudi soir par le président français, la «Belle alliance» cache mal la «drôle de guerre». Le premier ministre Manuel Valls, qui se portera à coup sûr candidat d’ici au 15 décembre – la date limite pour ce scrutin – fourbit ses armes et pourrait très vite quitter la tête du gouvernement. Son principal challenger Arnaud Montebourg, qui promettait de «vitrifier» François Hollande, doit changer son fusil d’épaule. L’après-Hollande n’a, au fond, clarifié qu’une chose: le sort du chef de l’Etat.

«Il demeurait un trait d’union, un ultime maillon»

Pour la gauche française, le renoncement du président le plus impopulaire de la Ve République – certains sondages lui donnaient moins de 10% d’intentions de vote – accouche en effet d’une situation ambivalente. «François Hollande cristallisait sur sa personne un mécontentement généralisé, explique un cadre du PS. Mais il n’en demeure pas moins celui qui, pendant cinq ans, a réussi à éviter la totale implosion de la majorité. Il demeurait un trait d’union. Comme un cadenas rouillé. Sur le point de céder. Un ultime maillon.» Or comment garantir l’unité future, vues l’ampleur des divergences d’orientation économiques et sociales entre les candidats de la prochaine primaire, maintenant que ce verrou a cédé?

Le député Les Républicains Thierry Solère et ses collaborateurs ont dirigé de main de maître la primaire de la droite des 20 et 27 novembre. L’un d’entre eux résume le problème de la gauche française dans l’après-Hollande: «A droite, notre primaire opposait des personnalités plus que des programmes. Nos candidats se sont affrontés sur le style, la rapidité de mise en œuvre des mesures et l’ampleur de celles-ci. Ils n’étaient pas aux antipodes.»

Un bilan trop faible pour résister à la tendance populiste

A gauche? «Comment vont-ils pouvoir réconcilier l’étatisme, l’interventionnisme public et la volonté protectionniste revendiquée d’un Arnaud Montebourg avec l’approche sociale libérale de Manuel Valls, centrée sur la flexibilité du marché du travail et la défense des droits sociaux individuels?», interrogeait, début novembre, le politologue français Jérôme Jaffré. François Hollande a beau avoir abdiqué, il demeure en fonction et son quinquennat restera ambigu: «Un mandat présidentiel commencé sous le signe des 70% d’imposition sur le revenu des plus riches qui se termine par la révision du code du travail ne peut qu’accoucher d’une situation conflictuelle. On le sait. On le vit. On le craint», poursuit notre interlocuteur au PS.

La gauche française est en plus prisonnière de deux autres réalités. La première est la donne européenne. Partout dans l’UE, et cela se confirmera peut-être ce dimanche avec le référendum italien lancé par Matteo Renzi, les sociaux-démocrates favorables à une économie ouverte et mondialisée subissent le contrecoup massif de l’effritement des modèles sociaux et de la désindustrialisation accélérée. «Le vent porteur est le populisme qui propose des solutions simples comme la fermeture des frontières ou les renationalisations», constate Dominique Reynié, de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol). Or le quinquennat Hollande n’a pas accouché d’un bilan suffisant pour résister à cette tendance, d’autant que ses «marqueurs de gauche», comme la légalisation du mariage homosexuel, ont été vite oubliés pour faire place à la législation antiterroriste et à l’affirmation de l’autorité de l’Etat.

Un camp politique au bord du chaos

Seconde réalité: seule une partie des candidats de gauche veulent, en France, que l’après-Hollande se solde par une primaire réussie. Deux autres poids lourds, le candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon (sur une ligne protestataire, eurosceptique et assez germanophobe) et celui du centre gauche Emmanuel Macron (sur une ligne libérale centrée sur la protection des droits individuels, l’émancipation numérique et la lutte contre les inégalités d’accès) veulent aller, eux, directement au suffrage universel. Le président «normal» laisse son camp politique dans l’Etat où il avait laissé, jadis, le Parti socialiste qu’il dirigea de 1997 à 2008. Entre espoir et poison. Au bord du chaos.


A droite, une nouvelle donne

Les ténors de la droite française et ceux du Front national se sont retrouvés vendredi écartelés entre leurs prises de position officielles, et leurs inquiétudes officieuses.

Côté pile: un soulagement unanime face au renoncement présidentiel. L’éditorial du Figaro, intitulé «Le président qui ne l’était pas», résumait bien ce sentiment. «Qu’avons-nous vu? Une navrante tentative d’autojustification, prononcée d’une voix blanche, d’un homme comme absent de lui-même», pouvait-on lire. «François Hollande n’a fait qu’admettre son échec patent qui lui interdit d’aller plus loin», a répété François Fillon, vainqueur de la récente primaire qui a mis hors jeu Nicolas Sarkozy et Alain Juppé.

François Hollande, la cible parfaite

Côté face, en revanche, la satisfaction est plus nuancée. Pour la droite classique, désormais en ordre de bataille, François Hollande était en effet la cible parfaite. Mieux: le vote anti-Hollande, en particulier au centre, pouvait lui profiter. Pour le Front national, l’inquiétude est relancée pour le premier tour. Marine Le Pen conservera-t-elle sa certitude d’arriver en finale si la gauche parvient à s’unir?

L’après-Hollande rebat donc aussi les cartes dans l’opposition. D’autant qu’au printemps 2017, une fois oublié le psychodrame Hollande, le bilan de ce quinquennat «accablant» apparaîtra peut-être, si le chômage continue de baisser, sous un jour plus favorable…

(R. W.)


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