Areva était une cible de choix pour Al-Qaida au Maghreb (Aqmi), soupçonné d’être derrière la prise d’otages de jeudi au Niger, et ce rapt atteste, selon des experts, d’une faille de sécurité dont Niamey et le groupe nucléaire français se renvoient la responsabilité.

«Les installations d’Areva au nord-Niger sont comme un champignon au milieu du désert, qui ne pouvaient qu’attirer Aqmi, dans sa volonté de s’en prendre aux intérêts français», a commenté lundi une source proche du dossier interrogée par l’AFP.

«On a pour le moins une énorme carence des forces de sécurité (nigériennes). Ils ont mal fait leur boulot», a estimé Gilles Denamur, ancien responsable de la sécurité des mines d’Areva au Niger.

«D’après mes sources, des + barbus + étaient dans Arlit (ndlr, lieu de l’enlèvement) depuis deux ou trois jours», a confié à l’AFP M. Denamur, colonel en retraite qui a aussi été attaché militaire à l’ambassade de France à Niamey (1996-1999).

«Je suis un peu étonné qu’ils n’aient été détectés par personne. A Arlit, dès que quelqu’un de nouveau arrive, tout le monde le sait», a-t-il pointé.

«Cet enlèvement n’a pu être organisé qu’avec d’évidentes complicités locales, je dirais même de trahisons, y compris au sein des sociétés du groupe Areva elles-mêmes», affirme de son côté la source proche du dossier.

«Le commando a été renseigné de l’intérieur, par des gens qui ont eu accès à des informations extrêmement précises, qu’ils ont données ou vendues aux ravisseurs», a-t-elle estimé.

Les sept otages sont un cadre d’Areva et son épouse, tous deux Français, ainsi que cinq employés (trois Français, un Togolais et un Malgache) de Satom, filiale du groupe Vinci qui opère comme sous-traitant d’Areva au nord-Niger. Tous ont été enlevés à leurs domiciles.

Une polémique s’est engagée depuis entre les autorités nigériennes et le groupe nucléaire français, sur les conditions de sécurité qui entouraient les expatriés à Arlit.

«Il y a sans doute eu un ensemble de complicités, de défaillances, de choses qui n’ont pas fonctionné, pour lesquelles l’enquête rapportera ce qu’il se passe», a reconnu lundi le directeur de la communication d’Areva, Jacques-Emmanuel Saulnier.

«Nous n’avons jamais refusé aucune aide d’aucune sorte», a-t-il cependant souligné, réfutant catégoriquement des accusations de Niamey.

Dimanche soir, le porte-parole du gouvernement nigérien, Laouali Dan Dah, avait affirmé que Niamey avait proposé «il y a moins de deux mois» à Areva «de prendre en charge la sécurité de ses agents», mais que le groupe français avait refusé.

Les autorités nigériennes ont en outre pointé l’absence de «dispositif sérieux de sécurité» autour des domiciles des expatriés, qui étaient surveillés par des gardes touaregs non armés.

Areva fait valoir pour sa part que la sécurité de ses employés était de la responsabilité des forces nigériennes, conformément à un accord-cadre signé en 2008 avec Niamey.

«Le Niger c’est un Etat souverain. Dans ce pays comme dans les autres, nulle part dans le monde nos gardes ne sont armés», a assuré M. Saulnier.

Quelque 350 militaires, gendarmes et policiers nigériens sont chargés d’assurer la sécurité à Arlit, selon Areva. La surveillance des résidences est, elle, confiée à 150 gardiens non armés. Le groupe employait notamment d’anciens rebelles touaregs de la première rébellion des années 90.

Pour autant, «la sécurité d’un site aussi vaste et ouvert qu’Arlit, face à une menace d’ordre militaire de type commando […], nécessite un dispositif complet incluant, me semble-t-il, outre police, gendarmerie et unités militaires classiques, une capacité d’anticipation et de réaction immédiate que seules des forces spéciales entraînées peuvent garantir», estime la source proche du dossier.