Avec la visite du président chinois à Ryad, l’Arabie saoudite cherche à renforcer ses relations économiques avec le géant asiatique, plutôt qu’à se distancier des Etats-Unis, son partenaire incontournable, estiment les analystes. Xi Jinping est attendu mercredi dans le royaume pour une visite de trois jours qui comprendra un sommet sino-saoudien, suivi d’une rencontre avec les dirigeants d’autres pays arabes et du Golfe.

Cette visite intervient dans un contexte de tensions accrues entre la puissante monarchie pétrolière du Golfe et son partenaire américain. Leurs relations ont été mises à rude épreuve en octobre après la décision des pays exportateurs de pétrole, Ryad et Moscou en tête, de réduire la production de brut. La Maison-Blanche, qui espérait une décision inverse pour limiter la hausse des prix, avait déploré un «alignement avec la Russie», ce que Ryad a rejeté, évoquant des considérations «purement économiques». Ce désaccord a accentué le malaise entre les deux partenaires, Ryad et Washington connaissant déjà des relations glaciales ces dernières années en raison des accusations de violations des droits humains dans le royaume du Golfe.

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Diversification

Mais le voyage de Xi Jinping à Ryad, son premier depuis 2016, ne peut se réduire à «un message adressé aux Etats-Unis», estime Naser al-Tamimi, spécialiste des relations entre le Golfe et la Chine, à l’Institut pour les études de politique internationale, basé en Italie. Selon lui, l’Arabie saoudite a désormais comme maître-mot «la diversification». «Le pays est en train de changer. Ils essaient de changer la structure de leur économie, la structure de leur politique étrangère», explique le chercheur.

L’Arabie saoudite est le plus grand exportateur mondial de brut, et la Chine est son principal client, représentant près du quart de ces exportations. Mais Pékin veut «garder une stratégie relativement équilibrée au Moyen-Orient» avec «donc des limites inhérentes» aux relations avec les Saoudiens, observe Andrew Small, du centre de réflexion américain German Marshall Fund. La Chine, proche de l’Iran, le grand rival régional de Ryad, est aussi «très consciente de la profondeur des liens entre l’Arabie saoudite et les Etats-Unis, malgré les tensions actuelles», souligne l’expert.

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Marché chinois

La Chine cherche à «renforcer ses liens avec les principaux fournisseurs d’énergie à un moment où le marché est imprévisible», estime Andrew Small, en raison de la guerre en Ukraine. Au-delà du pétrole, le puissant prince héritier de l’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, pourrait impliquer la Chine dans ses mégaprojets de développement. Selon les observateurs, les entreprises chinoises pourraient se voir attribuer des contrats à Neom, une ville futuriste en pleine construction, notamment dans le domaine des technologies de surveillance.

Le sommet avec les dirigeants des pays du Golfe pourrait par ailleurs relancer les discussions sur un accord de libre-échange entre les deux parties, estime Jonathan Fulton, de l’Atlantic Council. Alors que la Chine vend pratiquement «tout» à l’Arabie saoudite, les exportations saoudiennes se limitent aux produits pétroliers. «Je pense qu’ils aimeraient trouver différents moyens pour entrer sur le marché chinois et ne pas être aussi dépendants d’une seule ressource», fait remarquer Jonathan Fulton.

Menace iranienne

Le renforcement des relations avec la Chine ne permet pas néanmoins à l’Arabie saoudite de se passer de son partenaire traditionnel américain. Si les deux pays coopèrent en matière de vente et de production d’armes, Pékin ne peut pas offrir à Ryad les mêmes garanties de sécurité que Washington, soulignent les analystes. Les garanties américaines sont d’autant plus importantes que l’Arabie saoudite, qui dirige une coalition militaire au Yémen voisin, vit sous la menace d’attaques de drones des rebelles Houthis, proches de l’Iran.

«L’amélioration des relations avec la Chine est une priorité» pour les Saoudiens, affirme Torbjorn Soltvedt, analyste à la société de conseil sur les risques Verisk Maplecroft. Mais, estime-t-il, ils peuvent difficilement se permettre de «s’éloigner des Etats-Unis, tant que les dynamiques régionales sont ce qu’elles sont, et qu’ils restent très vulnérables aux attaques militaires iraniennes».