A la nuit tombée, les rues du centre de Riyad sont gagnées par une agitation inédite. Dans un trafic incessant de voitures, les trottoirs grouillent d’une foule de badauds. Des groupes de jeunes ont pris d’assaut les caisses du cinéma Vox pour obtenir un ticket. Depuis la réouverture des cinémas, en avril 2018 après trente-cinq ans d’interdiction religieuse, l’engouement ne faiblit pas. L’ambiance est bon enfant, c’était en mars, avant que le royaume ne soit gagné par la fièvre du Covid-19, qui a mis une pause à des réformes menées tambour battant depuis deux ans.

L’Arabie saoudite est en pleine mutation, une mue voulue par le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS) qui, de facto, préside aux destinées du royaume depuis 2017. Le programme Vision 2030 détaille cette transformation qui concerne tous les aspects de la société saoudienne sauf les institutions: la rente pétrolière ne suffira bientôt plus pour faire tourner le royaume. En conséquence, la monarchie doit changer de paradigme, diversifier les ressources, privatiser et mettre les Saoudiens au travail. Il s’agit pour ainsi dire de créer une nation nouvelle: l’Arabie saoudite du futur. Mais le chemin pour y parvenir est escarpé et semé d’embûches car les plus conservateurs refusent les changements, en revanche les jeunes en voudraient davantage.