Carnet noir

L’archevêque présumé pédophile que le Vatican ne jugera pas pénalement

Après bien des tergiversations, le Vatican voulait juger pénalement l’ancien nonce apostolique pour les accusations de pédophilie qui pesait sur lui: il n’en sera rien, «Son Excellence Mgr Jozef Wesolowski» est mort devant sa télévision dans la résidence qui l’accueillait au Vatican, avant que son procès pénal n’ait pu réellement commencer. Les associations de victimes des abus de prêtres sont aigres

Aussitôt avisé du décès, les autorités du Vatican ont fait procéder à une autopsie qui a confirmé la mort «naturelle» du prélat. Il s’était fait connaître très peu honorablement du public pour actes pédophiles sur des enfants de 13 à 16 ans en République dominicaine.

Il avait été relevé de ses fonctions en 2013 et avait été d’abord jugé selon les principes du droit canon, par la Congrégation pour la doctrine de la foi. Celle-ci avait prononcé contre lui, le 27 juin 2014 une réduction à l’état laïc, ou, comme le dit aujourd’hui le Vatican, «un renvoi de l’état clérical», la peine la plus rigoureuse pour un homme d’église, qui plus un archevêque titulaire et nonce apostolique.

Comme le note la journaliste Franca Giansoldati dans Il Messagero c’était la première fois que la Congrégation réduisait à l’état laïc un prélat pour cause de pédophilie. Et cette journaliste - la deuxième femme à avoir interviewé un pape - en connaît un bout sur la question des abus sexuels commis par des hommes d’Eglise, elle qui défraya la chronique avec son livre, «L’affaire Maciel», consacré au fondateur de la congrégation des Légionnaires du Christ, dont les abus de tous ordres furent une blessure jamais réellement investiguée par l’Eglise catholique.

Il n’empêche le communiqué du Vatican annonce encore la mort de «Son Excellence Monseigneur Jozef Wesolowski»: c’est que l’ancien nonce apostolique avait recouru contre sa sentence de réduction à l’état laïc. Selon l’association de défense des droits des personnes abusées par des prêtres, NSAP, qui cite le père Ciro Benedettini, le vice directeur du service de presse du Saint-Siège, il semblerait que ce recours ait été rejeté par l’Eglise mais qu’il n’ait pas été communiqué officiellement afin de ne pas aggraver la situation. Comprenne qui pourra. Mais le communiqué du Saint-Siège de samedi ne parle plus d’Excellence... comme le fait remarquer ironiquement Vatican Insider.

Les pressions de l’ONU

Toute cette vaine guérilla n’avait pas empêché le Saint-Siège de monter d’un cran dans son souci de juger l’homme: il avait fait arrêter Jozef Wesolowski par la gendarmerie du Vatican le 23 septembre 2014, le mettant en résidence surveillée dans l’attente de son procès, pénal cette fois. C’est qu’entretemps aussi était tombé, fin janvier 2014, un rapport particulièrement accablant de l’ONU contre la mollesse et le manque de transparence du Vatican dans le traitement des affaires pédophiles au sein de son clergé. L’affaire avait fait grand bruit, le Vatican ayant fort mal pris des reproches qu’il ne jugeait plus à jour. Un fait demeurait: la pression internationale ne faisait que monter.

L’ONU toujours, dans le cadre de sa «Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants», en remettait une couche au printemps 2014, se félicitant d’abord très diplomatiquement, via son comité contre la torture, que le Vatican enquête plus avant et pénalement « au sujet des allégations d’abus sexuels commis sur des mineurs par l’archevêque Josef Wesolowski, ancien nonce apostolique en République dominicaine».

Mais le rapport ajoute: «L’État partie [Le Saint Siège] devrait veiller à ce que ses autorités compétentes fassent mener sans tarder une enquête impartiale au sujet de l’archevêque Wesolowski et de toutes autres personnes accusées d’avoir commis une violation de la Convention ou d’être complice d’une telle violation, qui sont des ressortissants de l’État partie ou qui se trouvent sur son territoire. Si cela se justifie, l’État partie devrait faire en sorte que ces personnes soient poursuivies, ou extradées pour être poursuivies par les autorités civiles d’un autre État partie. Le Comité prie l’État partie de l’informer de l’issue de l’enquête concernant l’archevêque Wesolowski».

L’aigreur des associations d’abusés

L’issue de l’enquête risque aujourd’hui d’être singulièrement compromise par la mort du principal protagoniste. Il aurait dû répondre des cinq chefs d’accusation suivants, comme le rappelle la rubrique Vatican Insider du journal La Stampa: avoir corrompu par le biais d’actes sexuels des adolescents âgés de 13 à 16 ans durant sa nonciature en République dominicaine; avoir détenu du matériel pédo-pornographique; avoir occasionné de graves lésions mentales aux adolescents victimes de ses abus sexuels; avoir mené des actes offensants les principes de la religion; avoir enfin de manière répétée fréquenté des sites pornographiques, en République dominicaine, à Rome, dans la cité du Vatican et ailleurs jusqu’en septembre 2014.

La mort de l’archevêque n’a pas mis de baume sur le coeur de l’association des victimes d’abus commis par des prêtres, la Survivors Network of those abused by Priests (SNAP) qui regrettait dans un communiqué que le Vatican ait tant tardé à poursuivre pénalement l’archevêque ou, du moins, à le remettre dans les mains d’autorités civiles aptes à le faire rapidement. Elle s’étranglait, dans le même communiqué de constater que l’archevêque Wesolowski semblait demeurer très libre de ses mouvements dans la cité du Vatican et qu’il continuait à porter son titre d’archevêque.

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