Tous les jours, des Syriens disparaissent. Pendant des semaines, des mois. Quand ils reviennent, leurs corps portent les traces indélébiles de la violence du régime de Bachar el-Assad. Mais beaucoup d’entre eux ne sortent jamais des geôles syriennes.

«Crimes contre l’humanité»

Human Rights Watch a compilé des informations détaillées sur la torture systématique pratiquée en Syrie depuis le début de l’insurrection, en mars 2011. «Les services de renseignement syriens dirigent un archipel de centres de torture, répartis dans tout le pays», déclare Ole Solvang, chercheuse à HRW. Sur la base du témoignage de près de 200 anciens détenus ou bourreaux ayant fui le pays, l’ONG a pu identifier 27 centres de détention. Elle les a répertoriés sur une carte, en indiquant pour chacun d’entre eux, dans la mesure du possible, qui en est responsable. En réalité, ce nombre est «probablement bien plus élevé», précise HRW qui dénonce «une politique de torture et de mauvais traitement» équivalant à un «crime contre l’humanité».

Ce rapport décrit la vaste opération, coordonnée au plus haut niveau de l’Etat, destinée à terroriser la population syrienne. Les pires tortures ont lieu dans des centres dirigés par les quatre principaux services de renseignement, tous sous les ordres de Bachar el-Assad. Leurs agents, les mukhabarat, se sont spécialisés dans au moins 20 types de sévices différents. Le calvaire commence dès l’arrestation avec des coups de poing, de bâton, de câble et de fouet. Il atteint son paroxysme pendant les interrogatoires. Les agents s’acharnent tant qu’ils ne sont pas parvenus à arracher des aveux pour la participation à une manifestation, la possession d’armes, le nom d’un opposant, un financement supposé d’une protestation de l’étranger; ou jusqu’à ce que leur victime sombre dans l’inconscience.

Les anciens détenus décrivent plusieurs pratiques telles que le shabeh: ils restent suspendus par les poignets, parfois pendant des heures, de manière à ce que leurs pieds touchent à peine terre. Ils rapportent aussi des viols, électrocutions des organes génitaux, brûlures à l’acide et simulations d’exécution. Entre les séances de supplices, les prisonniers sont jetés dans des cellules d’une vingtaine de mètres carrés qui peuvent contenir jusqu’à 75 personnes. Un rescapé raconte que, parce qu’ils ne pouvaient dormir et devaient se tenir debout toute la journée, certains devenaient fous et avaient des hallucinations.

HRW appelle le Conseil de sécurité de l’ONU à saisir la Cour pénale internationale et adopter des sanctions contre les responsables de ces abus. La Syrie n’ayant pas signé le Traité de Rome, fondateur de la CPI, seule une résolution des cinq membres permanents peut permettre à la justice internationale d’ouvrir une procédure.