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Le brise-glace «Christophe de Margerie».
© DSME

Climat

L'Arctique, carrefour de routes maritimes «pleines d’avenir»

Le réchauffement climatique ouvre la région polaire au transport maritime et à l’exploitation de nouveaux sites riches en gaz, pétrole ou minerai. Une course aux ressources dans laquelle les Russes ont déjà pris l’avantage

Igor Godzish, géant russe à la moustache soigneusement entretenue, ne passe pas inaperçu dans les rues de Tromsø. Flanqué de son interprète, le maire d’Arkhangelsk s’est rendu dans cette ville norvégienne, la plus au nord du continent européen, pour écouter les élus, scientifiques et chefs d’entreprise qui se sont réunis toute cette semaine au sein d’un forum intitulé Arctic Frontiers.

Contrairement à Tromsø, fief de l’explorateur Roald Amundsen, Arkhangelsk n’a rien d’un lieu de villégiature. Située dans le nord-ouest de la Russie près du cercle polaire, exportatrice de bois et de papier, la cité du Grand Nord perd même régulièrement des habitants, découragés par des conditions de vie difficiles. Mais pour Igor Godzish, cette époque est révolue: «Grâce au réchauffement climatique, notre port est maintenant accessible toute l’année. En juillet dernier, un cargo s’est même rendu à Shanghai sans l’aide d’un brise-glace. Nous étions auparavant au bout du monde, nous sommes maintenant au milieu d’une nouvelle route maritime, pleine d’avenir.»

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Le destin d’Arkhangelsk pourrait être celui d’autres villes autour de l’Arctique, où vivent quatre millions d’habitants. A Tromsø, les scientifiques ont en effet confirmé que la carte du monde telle qu’on la connaît, avec une immense tache blanche et infranchissable entre l’Asie et les Amériques, doit être redessinée. «Dans vingt ou trente ans, probablement, il n’y aura plus de glace au pôle pendant l’été, et l’océan Arctique va devenir navigable», résume Ole Arve Misund, directeur de l’Institut polaire norvégien. Le réchauffement climatique, dans l’Arctique, est en effet deux fois plus important qu’ailleurs. La surface de la calotte glaciaire, en septembre 2017, était déjà d’un quart moins étendue que dans les années 1980. Le plancton se multiplie dans les eaux plus chaudes, la toundra reverdit, le gaz carbonique se libère des sols anciennement gelés, accélérant un processus dont il est difficile de prévoir les conséquences ultimes.

Nouveaux horizons industriels

Catastrophe écologique pour nombre d’espèces adaptées au froid, comme les ours polaires, cette fonte des glaces ouvre aussi de nouveaux horizons pour les industriels des pays riverains: plus de 20% des réserves de pétrole et de gaz sont enfouies dans cette région, sans oublier d’importants gisements de minerai. Aux Etats-Unis, Donald Trump veut de nouveau ouvrir l’Alaska à l’exploration pétrolière.

La Chine, présente dans la plupart des projets miniers de l’archipel canadien ou du Groenland, va d’ailleurs financer dans cet Etat américain un projet d’extraction et de transport du gaz liquide pour un montant de 43 milliards de dollars, soit le plus important investissement jamais réalisé dans la zone arctique. Les annonces se multiplient aussi en dehors du cercle restreint des grandes puissances. La Norvège a attribué la semaine dernière 74 nouvelles licences d’exploration d’hydrocarbures, dont huit dans la mer de Barents. En novembre dernier, le Canada a de son côté inauguré la première route reliant l’océan Arctique au reste du continent américain.

Plan russe ambitieux

Dans cette course, la Russie part avec un certain avantage. Le recul des glaces, ou leur moindre épaisseur, lui permet d’accéder à de nouvelles matières premières, mais aussi de les exporter via le passage du Nord-Est. Cette route maritime, qui permet de relier l’Europe à l’Asie en réduisant les distances d’un tiers, avait été quasiment abandonnée après l’effondrement de l’Union soviétique. Aujourd’hui, elle renaît. Le volume des cargaisons empruntant cet itinéraire a augmenté de 25% en 2017, atteignant 10 millions de tonnes. Le Ministère russe des ressources naturelles prévoit 40 millions de tonnes en 2020, 67 millions en 2025. Un objectif que le pouvoir central de Moscou veut atteindre en sécurisant une navigation qui reste difficile (lire l’encadré): à terme, les cargos pourront compter sur dix postes de sauvetage, seize ports en eau profonde et dix stations radar.

Lire aussi:  La Russie se déploie dans l’Arctique

Rien ne dit que les finances russes permettront de réaliser ce plan ambitieux, mais pour Igor Neverov, représentant du Ministère russe des affaires étrangères dépêché à Tromsø, il s’agit d’abord d’un choix stratégique: «Notre côte arctique se déroule sur 22 000 kilomètres, et la région représente 10% de notre PIB, 20% de nos exportations… Il est vrai que nous avions délaissé ce Grand Nord, mais maintenant nous sommes de retour.»

Le signe le plus éclatant de ce «retour» reste la mise en service du champ gazier de Yamal, inauguré par Vladimir Poutine en décembre dernier. Cet investissement de 27 milliards de dollars va permettre d’exploiter une région qui recèle potentiellement plus de gaz que le golfe Persique, et de l’exporter presque toute l’année grâce à une nouvelle flotte de méthaniers brise-glaces. Mais le retour russe se traduit aussi par la rénovation ou la construction d’une série de bases militaires qui seront à terme coordonnées par un futur North Arctic Command, situé à Arkhangelsk. Car la course vers l’Arctique ne fait que commencer: symboliquement, l’équipage d’un sous-marin russe a déjà planté un drapeau en titane dans les fonds marins du pôle Nord, dont ils réclament la souveraineté.


Une navigation qui reste difficile

En empruntant le passage du Nord-Est plutôt que le canal de Suez, le trajet d’un cargo se rendant de Hambourg à Yokohama se réduit de 10 900 à 7200 miles nautiques. Une économie en temps et en fuel qui intéresse forcément le transport maritime. Le méthanier brise-glace Christophe de Margerie, qui dessert le gisement de gaz de Yamal, a ainsi fait cet été la une de la presse internationale en ralliant la Corée en seulement dix-neuf jours… un record. La Russie, qui abrite déjà la plus grosse flotte de brise-glaces du monde, avec 41 unités, a prévu d’en construire onze de plus, dont cinq sont déjà en chantier.

La disparition progressive des glaces le long des côtes russes, cependant, ne signifie pas que la navigation va y être facile, et plus profitable. Le relevé des fonds le long des côtes russes est partiel et imprécis. Les alluvions apportées par les immenses fleuves sibériens changent constamment l’environnement maritime. Les coûts d’assurance sont prohibitifs. Et la banquise, enfin, reprend ses droits en hiver. «Le nombre de bateaux qui ont assuré un transit complet entre l’Europe et l’Asie en passant par le nord a certes doublé entre 2016 et 2017, mais il est passé... de vingt à quarante», relativise Esben Poulsson, président de la Chambre internationale du commerce maritime. Le canal de Suez, qui a enregistré 17 500 transits en 2017, a encore de beaux jours devant lui.

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